Les années se suivent et se ressemblent, tristement prévisibles: les émissions de gaz à effet de serre (GES) en Espagne sont à la hausse. La sonnette d'alarme doit être de nouveau tirée, suite cette fois-ci à la publication d'un rapport élaboré conjointement par la Confédération Syndicale des Commissions Ouvrières et l'édition espagnole de la revue World Watch.
Les chiffres de 2006 [1] n'étaient guère réjouissants, l'année 2007 n'inverse pas cette tendance. Bien au contraire. En ratifiant le Protocole de Kyoto, l'Espagne s'était engagée à n'augmenter ses émissions de GES que de 15% par rapport à 1990, année référence. Or depuis 1990, l'Espagne a vu ses rejets de CO2 augmenter de 52,3%, ce qui correspond à une hausse de 1,8 points par rapport à l'année précédente. Situation d'autant plus étonnante que l'objectif fixé par le protocole est plus souple en comparaison avec d'autres pays européens. L'Espagne est ainsi le "mouton noir" de l'Union Européenne: ni le pays dans son ensemble ni ses communautés autonomes ne sont en mesure de tenir les engagements nés du protocole.
La carte des émissions de GES n'est pas homogène. Le rapport met en exergue les communautés autonomes contribuant le plus au réchauffement climatique. C'est en Andalousie, aux Canaries, dans la Communauté Valencienne, aux Baléares, à La Rioja, en Extrémadure, en Navarre et à Madrid que les émissions de GES ont le plus augmenté. A l'inverse, aux Asturies, en Castille et León, en Galice et en Aragon, la hausse est moins sensible. Ces données statistiques doivent toutefois être pondérés par celles relatives à la population de chaque communauté. Un exemple: certes les émissions de GES ont augmenté dans la Communauté de Madrid, mais il n'en reste pas moins qu'en terme d'émissions de CO2 par habitant, Madrid arrive en queue de peloton (4,66 tonnes/habitant en 2007).
Par ailleurs, le rapport attribue principalement les émissions de GES au secteur électrique. 120 industries produisent à elles-seules près de 40% des émissions, et plus de la moitié de ces industries seraient générées par des centrales électriques alimentées au charbon. C'est notamment le cas de l'Andalousie largement polluée par ses centrales de Carboneras à Almérie, de Los Barrios à Cádiz et de Puente Nuevo à Cordoue.
Ce rapport n'est pas passé inaperçu. Les critiques n'ont pas tardé. Gregorio Barban, chercheur du Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique espagnole (CSIC) a carrément qualifié d'"absurde" le fait de comparer les émissions de GES entre les différentes communautés, le réchauffement climatique étant un phénomène éminemment global. Il estime qu'il n'existe pas de communautés plus écologiques que d'autres et qu'il est nécessaire d'adopter une stratégie globale. De même il a tenu à souligner une distinction essentielle entre régions productrices et consommatrices d'électricité et a en cela été repris par le directeur général de la Qualité environnementale de La Rioja, Fernando Flores, qui argue que l'énergie ne se consomme généralement pas sur son lieu de production.
Les rédacteurs du rapport ont quant à eux justifié leur étude en mettant en avant le rôle fondamental des communautés autonomes. Bien que le gouvernement central reste l'acteur principal dans la conduite de la politique environnementale du pays, les communautés autonomes disposent de compétences en matière énergétique et d'urbanisme, influant leur quantité d'émissions de CO2.
Certains trouvent toutefois matière à se réjouir. C'est le cas du ministre de l'Environnement et du Milieu Rural et Marin pour qui "les émissions de GES et la consommation d'énergie primaire ont augmenté en deçà du Produit Intérieur Brut, ce qui nous permet de parler d'une économie efficace et d'une amélioration de la productivité". Cette interprétation optimiste ne doit pas pour autant faire oublier les engagements découlant du Protocole de Kyoto. Et même si les prévisions pour 2008 sont pour l'instant plutôt favorables, elles s'expliquent en partie par la crise immobilière affectant le secteur de la construction, secteur largement consommateur d'énergie.
La situation reste donc préoccupante et requiert la participation de tout un chacun afin de donner à l'Espagne l'image "verte" qui lui fait cruellement défaut.