Une équipe scientifique internationale s'est lancée dans l'étude de nouveaux médicaments contre l'onchocercose [1] ou cécité des rivières, soutenue en cela par la fondation Bill&Melinda Gates, avec près de 20 millions d'euros. L'Université de Bonn est fortement impliquée dans ce projet, coordonné par l'Ecole de médecine tropicale et d'hygiène de Liverpool, aux côtés d'autres partenaires d'Angleterre, d'Allemagne, des Etats-Unis, du Ghana et de Singapour.
Près de 40 millions d'africains sont contaminés par l'agent pathogène de l'onchocercose, un ver nommé Onchocerca volvulus. Il s'agit d'un nématode [2]. Ses larves pénètrent dans le corps humain par piqûres d'insectes. Les larves migrent ensuite vers le tissu sous-cutané où elles forment des nodules et deviennent matures sous la forme de vers adultes au bout de quelques mois. Les femelles peuvent alors donner naissance à près de 1.000 larves par jour. Celles-ci se répandent alors dans tout le corps par les canaux lymphatiques, jusqu'aux yeux. Ceci peut provoquer une inflammation de la cornée qui mène à la cécité.
Les vers sont plus proches des Hommes, d'un point de vue biologique, que ne le sont les bactéries par exemple. C'est pourquoi il est difficile de trouver des médicaments adaptés. Ceux qui sont efficaces contre le ver sont bien souvent également néfastes pour l'Homme. "Aujourd'hui, contre le nématode, nous ne connaissons qu'un médicament, l'ivermectine [3]", déclare le Prof. Hörauf de Bonn.
Les chercheurs portent leurs espoirs sur un antibiotique, la doxycycline. Si cette substance n'est efficace que contre des bactéries, elle est néanmoins utile contre le ver. Onchorcerca volculus a lui-même besoin d'une bactérie, nommée Wolbachia, pour survivre. D'où les espoirs exprimés par Hörauf : "Si nous tuons cette bactérie grâce à la doxycycline, les vers deviendront stériles". Toutefois, il demeure un inconvénient : la thérapie avec la doxycycline dure quelques semaines, ce qui est peu par rapport à d'autres thérapies, mais demeure trop long pour une utilisation de masse dans des régions rurales des tropiques. Les chercheurs veulent réduire le temps du traitement avec la doxycycline à moins d'une semaine, et ce, en utilisant, en outre, l'antibiotique Rifampicine.
Un inconvénient demeure pourtant : la doxycycline n'est pas adaptée pour les enfants. Les partenaires de l'étude cherchent donc maintenant à trouver de nouveaux médicaments afin de pouvoir aussi traiter les enfants. Ils testent, en particulier, des médicaments déjà utilisés contre d'autres maladies. Déjà 2.000 produits auraient été testés, certains se révélant très prometteurs.
Les résultats de ces travaux pourraient également avoir un intérêt dans la lutte contre une autre maladie tropicale, l'éléphantiasis. Les personnes atteintes de cette maladie souffrent de gonflements extrêmes aux bras, aux jambes et aux parties génitales. L'agent pathogène est également un nématode, comme pour l'onchocercose, et il présente le même talon d'Achille que ce dernier : la dépendance envers des bactéries Wolbachia. "Une autre approche consisterait à se pencher sur l'hormone stéroïde ecdysone", ajoute Hörauf. "Sans ecdysone, les larves ne peuvent devenir matures. Nous cherchons donc à empêcher la production d'ecdysone. Si cela fonctionne, nous aurons peut-être un nouveau médicament en main."