L'Institut d'Immunologie Médicale de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) a défini un modèle expérimental de greffe de fémur vascularisé chez la souris. L'objectif des chercheurs était de réaliser une greffe de fémur et des tissus adjacents sans rejet, tout en limitant au maximum l'utilisation du traitement immunosuppresseur.
Dans ce modèle, une administration brève d'immunosuppresseurs, uniquement au début de la greffe, permet au receveur de développer une tolérance robuste et durable à l'égard du greffon. En outre, les animaux rendus tolérants sont totalement capables de générer des réponses immunes contre des antigènes étrangers qui n'étaient exprimés ni par le donneur ni par le receveur.
Un des mécanismes impliqués semble être lié à la présence de cellules souches hématopoïétiques dans le greffon. Ces cellules souches issues du fémur colonisent le receveur en créant un état de chimérisme et éduquent ainsi le système immunitaire. Le concept d'induction de tolérance par les cellules souches hématopoïétiques n'est pas nouveau. La découverte mise en évidence est que la greffe vascularisée d'un os qui contient de la moelle osseuse constitue une source constante de cellules tolérogéniques. Associée à un simple traitement immunosuppresseur limité à la période opératoire, elle permet d'induire une tolérance robuste d'allogreffe de tissu composite.
Ce travail démontre la faisabilité d'une greffe de cellules souches via un os vascularisé ainsi que la tolérance que celle-ci induit chez le receveur lors d'une greffe de tissu composite, hautement immunogénique. En termes d'applications cliniques, cette méthode pourrait représenter une solution alternative à l'injection intraveineuse de cellules souches qui n'induit en effet pas de chimérisme stable chez le receveur si ce n'est après un conditionnement lourd qui n'est pas souhaitable chez le patient en attente de greffe d'organe solide. Ces recherches ouvrent de nouvelles perspectives notamment dans les cas de greffe de visage. Les chercheurs de l'Institut d'Immunologie Médicale de l'ULB travaillent en étroite collaboration avec les médecins ayant réalisé la premiére greffe totale du visage aux Etats-Unis en décembre 2008.
Ces travaux ont été réalisés par les docteurs Zhanzhuo Li et Alain Le Moine de l'Institut d'Immunologie Médicale de l'ULB en collaboration avec le docteur Frédéric Schuind de l'hôpital Erasme et avec le soutien de la Fondation Melina Nakos et du programme First Elite de la Région wallonne. Les résultats de leur recherche sont publiés dans la revue American Journal of Transplantation, le journal officiel de la Société américaine de Transplantation.