L'Espagne accueillera peut être le plus grand télescope du monde. La réponse sera certainement connue à la fin de cette Année Internationale de l'Astronomie. C'est en tout cas ce que souhaitent les astronomes espagnols en menant une campagne pour que le Télescope Européen Extrêmement Grand (E-ELT de ses initiales anglaises [1]) soit installé à Roque de los Muchachos de La Palma, ville candidate située dans les îles Canaries.
Il y a plus de dix ans déjà que l'Organisation Européenne pour la Recherche Astronomique dans l'Hémisphère Sud (ESO) [2] a commencé à travailler sur un projet qui représentera le plus grand objet d'observation depuis la Terre pour scruter les mystères de l'Univers. Il s'agira d'un "oeil géant" de 42 mètres de diamètre dont le miroir sera composé de 984 segments hexagonaux de 1,45 mètres chacun.
Pour se faire une idée de ses dimensions, il suffit de signaler que le E-ELT aura 16 fois plus de précision que le Grand Télescope des Canaries [3], qui sera lui mis en fonction cette année à partir du mois de mars prochain et qui est à présent le plus grand du monde dans sa catégorie. Comme le précise le professeur du CSIC [4] Xavier Barcons, chef de la délégation espagnole de ESO [5], ce télescope devra avoir une "optique adaptative qui peut corriger les turbulences atmosphériques, avec cinq miroirs réflecteurs et un secondaire également fragmenté".
Le budget nécessaire est estimé à 1.000 millions d'euros, desquels l'organisation ESO en possède 300, et la construction se fera pendant 8 ans, portant sa mise en fonction à l'année 2017. Mais le projet pourrait prendre du retard, s'il n'est pas décidé d'ici la fin de l'année 2009 du lieu d'accueil de ce télescope, dont ce dispute quatre pays (le Chili, l'Espagne, l'Argentine et le Maroc) puisque sa conception dépendra également des caractéristiques géographiques du lieu d'accueil (du climat, de l'activité sismique, etc.)
Parmi les pays candidats, le Chili (à Ventarrones) et l'Espagne (à la Palma) sont les deux favoris. Le Chili a l'avantage d'accueillir tous les télescopes de ESO et son climat y est meilleur; mais les Canaries ont une bonne qualité de visibilité dans le ciel et il s'agit de l'Europe, où l'inflation des coûts est davantage maîtrisée et où l'activité sismique est moindre. Le choix du lieu dépendra également de l'emplacement du futur télescope des Etats- Unis appelé TMT [5] présentant des caractéristiques similaires. En effet, si ce dernier est installé par exemple en Amérique du Sud au Chili, la logique voudrait que le E-ELT soit en Europe.
D'ores et déjà, une étude lancée par le Ministère de la Science et de l'Innovation espagnol doit évaluer les éventuels impacts économiques et sociaux futurs d'une telle implantation. En effet, l'Espagne est le seul pays à pouvoir prétendre accueillir ce télescope, et l'on estime que les retombées directes pourraient aboutir à environ 150 emplois directs créés, sans compter les retombées indirectes liées au tourisme. Les astronomes espagnols comptent aussi sur le gouvernement pour financer entre 15 et 20% du total lorsque celui-ci connaîtra dans le détail les retombées économiques durant les 30 années de vie estimées du télescope.
Enfin, la finalité de l'organisation ESO est de placer l'Europe à l'avant-garde de l'observation astronomique. De nouvelles planètes dites "exo planètes", telle que notre voisine Andromède pourraient être découvertes durant les prochaines années et d'autres galaxies observées de plus près.