Un nouveau type de vaccin, qui promet de révolutionner les techniques actuelles et qui pourrait sauver la vie de millions de patients, est en cours de développement dans les laboratoires de l'Université de Copenhague. Baptisé "plate-forme InVacc", ce concept représente une évolution de la vaccination par ADN sur laquelle les scientifiques fondent de grands espoirs depuis le début des années 90. La plateforme consiste en une chaîne d'acides aminés rattachée à un gène du virus ciblé par le vaccin. Ce cocktail génétique est inséré dans un virus grippal inactivé (adénovirus), puis est injecté dans le corps du patient.
Des vaccins issus de la plateforme InVacc ont d'ores et déjà été testés avec succès sur des souris à qui ils ont offert une protection de 100% contre différentes souches mortelles de la grippe. Cette nouvelle famille de vaccins devrait permettre de protéger contre de nombreux virus, bactéries et autres agents pathogènes. Elle serait en outre résistante aux mutations fréquentes des virus et pourrait être utilisée pour guérir certains cancers.
Comment ça marche ?
La vaccination par ADN consiste en l'injection dans certaines cellules de l'organisme d'un gène issu de l'agent pathogène visé par le vaccin. La fraction d'ADN étranger est lue par les cellules hôtes qui peuvent ainsi synthétiser l'antigène correspondant, c'est-à-dire les marqueurs qui permettront à l'organisme de reconnaître le virus ou la bactérie et de déclencher une réponse immunitaire appropriée. L'antigène est alors présenté au système immunitaire à la surface de la cellule par le complexe majeur d'histocompatibilité, le CMH-1. La production d'anticorps et de lymphocytes T cytotoxiques (CTL), dont le rôle est de détruire les cellules infectées par le virus est ainsi enclenchée. Tout se passe en quelque sorte comme si les cellules produisaient elles-mêmes le vaccin, ce qui permet d'éviter le recours aux rappels et de supprimer tout risque d'infection post-vaccinale. Mais en dépit des efforts concentrés depuis des années sur cette branche de la vaccinologie, très peu de résultats réellement satisfaisants ont pu être obtenus. En fait, ces vaccins ne génèrent pas suffisamment d'antigènes car ils ne sont pas capables de guider le système immunitaire vers les éléments de la cellule qui renferment la séquence d'ADN.
Les chercheurs responsables du projet InVacc ont trouvé le moyen de contourner cette difficulté. En insérant le gène dans un adénovirus, ils présentent à l'organisme une menace à laquelle celui-ci a déjà été confronté à maintes reprises. Le système immunitaire est ainsi orienté vers les cellules porteuses de la séquence d'ADN, permettant la synthèse d'une quantité suffisante d'antigènes.
L'autre innovation majeure d'InVacc est la chaîne de 225 acides aminés rattachée à la fraction d'ADN. Celle-ci a pour rôle de faire "remonter" les antigènes vers le CMH-1 après qu'ils aient été synthétisés. Plus le nombre d'antigènes présentés au système immunitaire est important, plus il dispose de données pour adapter sa réponse et augmenter son envergure. Cette abondance d'informations est par ailleurs déterminante pour la reconnaissance de virus ayant muté mais dont le " coeur " est resté identique. Enfin, elle participe à la rapidité d'exécution du vaccin, 3 jours en moyenne, qui pourrait se révéler extrêmement utile pour enrayer une épidémie.
Les chercheurs de l'Université de Copenhague estiment que cette nouvelle famille de vaccin devrait être efficace contre la quasi-totalité des virus et des bactéries où le gène codant les antigènes est identifiable. Les cancers dont l'origine est virale ou génétique, par exemple le cancer cervical initié par le papillomavirus, pourraient également être traités par des vaccins InVacc.
Le projet va entrer prochainement dans sa dernière phase de développement avant les études cliniques. Il a reçu le soutien financier de la compagnie scandinave Novo A/S et de la Fondation Novo Nordisk pour l'élaboration d'un plan stratégique de développement et d'exploitation des nouveaux vaccins.
- Associate Professor, Jan Pravsgaard Christensen, Department of International Health, Immunology and Microbiology - The Faculty of Health Sciences - University of Copenhagen - Tél: +45 353-27873 - email: jpc@sund.ku.dk - PhD fellow, Peter Holst, Department of International Health, Immunology and Microbiology - The Faculty of Health Sciences - University of Copenhagen - Tél: +45 353-27878 - email: pholst@sund.ku.dk - Professor Allan Randrup Thomsen, Department of International Health, Immunology and Microbiology - The Faculty of Health Sciences - University of Copenhagen - Tél: +45 353-27871 - email: athomsen@sund.ku.dk - Robert Terry, Research and Innovation - Tech Transfer Office - Universitetsparken 1.1, DK-2100 Copenhagen - Tél: +45 353-26332 - email: rote@adm.ku.dk - Sandra Szivos, Press Officer, The Faculty of Health Sciences - University of Copenhagen - Tél: +45 353 26921 - email: sasz@sund.ku.dk