D'après les travaux du groupe de Hans Schöler de l'Institut Max Planck de biomédecine moléculaire de Münster, la production de cellules souches adultes ne serait pas aussi difficile à réaliser comme le pensaient précédemment les généticiens. En effet, une fois introduit dans certaines cellules du cerveau de souris adultes, le gène Oct-4 utilisé par les chercheurs de Münster, serait capable de transformer ces mêmes cellules en cellules pluripotentes induites (iPS, induced pluripotent stem). Les cellules pluripotentes peuvent devenir n'importe lequel des plus de 200 types de cellules que l'organisme humain comprend (cellules du muscle cardiaque, spermatozoïdes, etc...). En 2006, des chercheurs japonais étaient déjà parvenus à reprogrammer des cellules différenciées en cellules souches, cette opération nécessitait alors l'intervention de quatre gènes. Deux des quatre gènes impliqués dans la reprogrammation de la cellule pouvaient néanmoins conduire à des cancers. En évitant cet écueil, le gène Oct-4 semble ouvrir de nouveaux horizons à la médecine régénérative.
Les scientifiques cherchent depuis des années une méthode pour reprogrammer des cellules différenciées en cellules souches embryonnaires. Une synthèse maîtrisée de ces cellules pluripotentes s'avérerait une source inépuisable de tissus sains pour les personnes souffrant de diabète, de problèmes cardio-vasculaires ou encore de la maladie de Parkinson. En 2006, l'équipe de chercheurs autour de Shinya Yamanaka avait pour la première fois réussi à reprogrammer des cellules de la peau de souris en cellules souches pluripotentes. Pour ce faire, les scientifiques avaient employé des virus pour introduire, à l'intérieur des cellules de la peau, quatre gènes normalement inactifs dans les cellules somatiques : Oct-4, Sox-2, c-Myc et Kl-4. Il s'est néanmoins avéré que deux des quatre gènes impliqués dans la reprogrammation pouvaient conduire à des cancers.
L'équipe de chercheurs du Prof. Schöler vient maintenant de montrer que l'introduction du seul facteur de transcription Oct-4 était suffisant pour reprogrammer des cellules différenciées en cellules souches pluripotentes. Ainsi, si la reprogrammation cellulaire dure près d'une semaine avec les quatre facteurs de transcriptions des chercheurs japonais, celle avec le seul gène Oct-4 s'effectue en trois à quatre semaines. Les propriétés des cellules souches pluripotentes obtenues avec Oct-4 sont identiques à celles des cellules souches embryonnaires issues d'une reprogrammation à quatre facteurs. L'allongement du temps de reprogrammation est largement compensé par le fait que le gène Oct-4 n'est pas cancérigène. Le Prof. Schöler précise que si Oct-4 n'est pas cancérigène, il présente néanmoins des risques. "L'obtention des cellules souches pluripotentes avec Oct-4 n'est pas très adéquate pour un traitement des patients", commente Schöler. Selon lui, il sera bientôt possible de se passer de gènes étrangers comme Oct-4 : "Quatre gènes étaient autrefois nécessaires, puis trois, puis deux et maintenant un - bientôt nous n'auront plus besoin de gène du tout, nous sommes presque au but".
Cette étude à été publiée le 6 février 2008 dans la version on-line de la revue scientifique "Cell"[1].
- Dépêche idw, communiqué de presse de l'Institut Max Planck de biomédecine moléculaire - 06/02/2008 - "Durchbruch bei Therapie mit stammzellen", Die Welt - 06/02/2008 - "Ein Gen genügt", Die Süddeutsche Zeitung - 06/02/2008 - "Einzelnes Gen genügt für Stammzellen", Der Tagesspiegel - 06/02/2008