La Roumanie est l'un des 13 pays participants au projet européen "Extreme Light Infrastructure (ELI) (Infrastructure pour la Lumière Extrême)" et -depuis septembre 2008- l'un de quatre pays (avec la France, la République Tchèque et la Hongrie ) qui ont manifesté leur intérêt à héberger le grand laser de la lumière extrême, qui devra être construit suite à la mise en oeuvre du projet ELI.
Il y a peu de temps, lors de la Conférence Européenne sur les Infrastructures de recherche qui a eu lieu à Versailles du 9 au 11 décembre 2008 (ECRI 2008, http ://http://www.roadmaptgi.fr), le ministre tchèque de l'éducation et de la recherche, V. Ruzicka, a rappelé que, parmi d'autres priorités de son pays au cours de sa présidence de l'UE (première moitié de l'année 2009), il y aura la promotion des projets d'infrastructures de recherche que la Tchéquie souhaite héberger.
Dans le partenariat stratégique franco-roumain, décidé par les deux présidents en février 2008, il est clairement fait référence à une coopération franco-roumaine dans le domaine de la lumière extrême. Les deux pays sont cependant candidats l'un et l'autre à l'accueil de l'infrastructure ELI. Des avancées importantes dans le domaine de la lumière extrême ont d'ailleurs été faites en France, en particulier par les contributions du professeur Gérard Mourou (professeur à l'Ecole Polytechnique et à l'ENSTA), coordonnateur européen du projet ELI, responsable du projet français "Institut de la Lumière Extrême (ILE)" situé à Palaiseau - voir dans les sources l'article réalisé lors de la conférence ECRI 2008 [1].
L'hébergement du projet ELI en Roumanie est fortement soutenu par les autorités roumaines de la Recherche. Le consortium des instituts qui sont impliqués dans le projet roumain d'ELI comprend : - l'Institut National de Physique Atomique (IFA) de Magurele qui dirige le projet, - l'Institut National de la Physique des Lasers, des Plasmas et des Radiations (INFLPR), - l'Institut National de Recherche et Développement en Ingénierie Nucléaire "Horia Hulubei" (IFIN-HH), - l'Institut National de Physique et Technologie des Matériaux (IFTM).
L'interview réalisé avec le professeur Dr. Dan C. Dumitras (INFLPR), qui est le responsable scientifique roumain dans la participation de la Roumanie au projet ELI, montre que la préoccupation pour le projet de la " lumière extrême " est loin d'être conjoncturelle : sur la base des financements prévus la Roumanie prépare pour début 2009, l'inauguration d'un laser de 15/20 TW (réalisé par un consortium franco-roumain constitué par la compagnie française AMPLITUDE et un laboratoire de l'INFLPR) et, pour une disponibilité à deux ans/deux ans et demi, un projet de construction d'un laser de 1 PW est en cours d'étude. La Roumanie organisera une grande conférence internationale à Brasov, en octobre 2009, où participeront les plus grands spécialistes internationaux dans le domaine des lasers à grande intensité.
L'interview intégrale du professeur Dan C. Dumitras, est disponible sur le site indiqué à la fin de cet article [2]. Les grandes lignes de l'interview du professeur Dan C. Dumitras:
"Nous voulons réaliser des lasers à grande puissance - puissance qui dépasse 1 peta-watt (PW) et pour cette idée il y a trois composantes à peu près parallèles.
1- le projet ELI, actuellement dans sa phase exploratoire, a été lancé il y a environ un an. Cette phase durera trois ans et devrait permettre d'établir les caractéristiques et les principes de fonctionnement de ce laser ELI. Personnellement, je suis le responsable scientifique pour la Roumanie dans ce projet international qui comprend 13 pays et qui dans ce moment se déroule dans les meilleures conditions.
L'une des réflexions menées actuellement est la sélection de l'endroit d'accueil de cette infrastructure. Quatre pays concourent maintenant pour héberger la structure : la Roumanie, la Hongrie, la République Tchèque et la France. La décision sera prise vers la fin de l'année 2009.
Nous avons une chance extraordinaire car nous allons organiser la plus grande conférence dédiée à la lumière extrême, LEI, au mois d'octobre à Brasov : "Light at Extreme Intensities", donc "La lumière à des Intensités Extrêmes". La conférence réunira les meilleurs spécialistes mondiaux du domaine (pas seulement ceux des pays européens qui font partie du consortium).
2- La deuxième composante est liée aux projets nationaux. Il s'agit de projets qui ont été approuvés ou qui sont en cours de déroulement, et qui seront financés par le budget de la Roumanie. Des projets qui nous placeront parmi les pays qui détiendront les lasers les plus puissants du monde : la Roumanie devrait, d'ici deux ans ou deux ans et demi, avoir en fonction un laser d'une puissance d'un peta-watt (PW).
Il y a eu un seul laser de puissance comparable construit par les Etats-Unis, à Livermore, il y a quelques années, mais basé sur d'autres principes : énergie extrêmement grande à durées très prolongées. Nous avons une autre philosophie : construire un laser qui sur des durées très courtes - quelques femto-secondes - en utilisant des énergies plus réduites - corresponde à des puissances de crête au moins aussi grandes.
Il y a également des projets qui visent au développement d'applications médicales. L'une de ces applications est extrêmement intéressante : la protonthérapie. Au lieu d'utiliser les rayons X pour le traitement des tumeurs cancéreuses, on utilise des faisceaux de protons qui peuvent être concentrés exclusivement sur la tumeur, sans affecter la zone intermédiaire de tissu sain. Ces faisceaux sont actuellement générés par des accélérateurs qui peuvent avoir des dimensions très importantes. Il se trouve que les mêmes faisceaux peuvent être obtenus par la focalisation des faisceaux laser à grande intensité, des lasers qui les dimensions d'une pièce normale, donc des mètres ou des dizaines de mètres. Vous voyez donc que, du point de vue du caractère compact, il y a une différence notable.
Ceci est seulement l'une des applications, mais il y a aussi le traitement des déchets radioactifs, la réalisation de nouveaux matériaux à propriétés tout à fait spéciales. La science en général bénéficiera des faisceaux extrêmement intenses, dont il est difficile actuellement de deviner toutes les applications futures.
3- La préparation des jeunes qui devront travailler avec ces infrastructures : ils doivent être préparés dès à présent et , parce que notre expérience antérieure dans le domaine de la lumière extrême n'est pas très longue - nous ne disposons de lasers femto-secondes à hautes intensités que depuis quelques années seulement - nous devons faire appel à des pays qui ont une expérience plus riche. Notre priorité va à la France, avec laquelle nous avons des contacts anciens et excellents, en particulier grâce notre collègue Cristian Florea, qui est le coeur et l'âme de cette collaboration. Nous envisageons qu'un nombre de 20-30 jeunes chercheurs se spécialisent dans le domaine de la lumière extrême dans les années qui viennent.
Ces jeunes devront faire une spécialisation totalement nouvelle : il y a peu de spécialistes dans le monde qui connaissent les détails de ces nouvelles technologies et lorsque nous aurons ces structures opérationnelles dans notre pays, ce sera à eux de s'occuper du maintien en fonction de ces installations et de la préparation des expériences. (extraits)."