Henrique Teotónio, chercheur à l'Institut Gulbenkian des Sciences, a étudié en temps réel le processus de sélection naturelle sur une population de Drosophiles. L'étude [1] publiée dans Nature Genetics a été réalisée en collaboration avec le Département de Biologie de l'Université de New York et le Département d'Ecologie et Biologie Evolutive de l'Université de Californie.
Henrique Teotónio a utilisé des mouches sauvages élevées dans différents environnements pendant plusieurs générations par l'équipe de chercheurs américains. Il a ensuite introduit une partie de chacun de ces différents groupes de mouches dans un environnement de type ancestral afin de vérifier si les populations retournaient à leur état ancestral au niveau génétique.
Avec son équipe, ils ont suivi pendant deux ans (soit 50 générations de mouches) les changements dans la fréquence des variations de sept paires de base (SNP) dans chacun des bras du chromosome 3 des populations réintroduites. Ils les ont ensuite comparées aux populations contrôles qui n'ont jamais quitté cet environnement. Ils ont ainsi pu démontrer que la sélection a eu lieu sur différents loci et qu'il n'y a pas eu de pertes ou de gains général de diversité d'allèles. Ils ont également constaté qu'en moyenne seulement la moitié des fréquences génétiques retournent aux fréquences génétiques ancestrales. Concrètement, les populations se sont adaptées à l'environnement initial sans pour autant revenir au niveau génétique ancestral. Le passé ne s'est pas répété. Les nouvelles populations sont restées différentes des populations ancestrales au niveau génétique. Cette expérience illustre le fait qu'il existe bien de nombreuses façons de parvenir à un même état d'adaptation.
[1] "Experimental evolution reveals natural selection on standing genetic variation" - Henrique Teotónio, Ivo M Chelo, Martina Bradic, Michael R Rose et Anthony D Long- Nature Genetics 41, pages 251 - 257 - 11/01/2009 - http://www.nature.com/ng/journal/v41/n2/abs/ng.289.html