Une étude [1] dirigée par Oliveira Maia, chercheur post-doctoral portugais dans le département de Neurobiologie de l'Université de Duke, en collaboration avec la Faculté de Médecine de l'Université de Porto et l'Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire de Porto (IBMC) démontre la présence de récepteurs à nicotine sur les papilles gustatives. Cette étude a été publiée récemment dans la revue Proceedings of the National Academy of Science (PNAS).
Il est communément reconnu que la nicotine a des effets directs au niveau du cerveau en agissant sur les récepteurs nicotiniques des neurones. Avec cette étude, les chercheurs ont en évidence l'existence d'une autre voie qui contribue probablement au phénomène de dépendance. Ce travail fait suite à des études antérieures soulignant l'importance des effets sensoriels du tabac dans le processus d'adaptation, notamment à travers l'activation du système olfactif ou de l'irritation des voies respiratoires.
Cette étude décrit l'activation de deux voies sensorielles du goût par la nicotine et la façon dont ces voies sont perçues par le cerveau. Les chercheurs ont eu recours à des souris de laboratoires qu'ils ont génétiquement modifiées afin qu'elles ne possèdent pas la protéine TRPM5 (canal TRP, Transient receptor potential cation channel M 5), protéine responsable de la reconnaissance des saveurs amères, telles que celles de la nicotine ou de la quinine. Ils ont ainsi pu vérifier d'une part qu'il existait une voie dépendante de la protéine TRPM5 activée par la nicotine et d'autre part que même en l'absence de cette protéine il existait une réponse à la nicotine. Ils ont par ailleurs démontré que ces réponses dépendaient des mêmes récepteurs nicotiniques que ceux responsables des effets directs de la nicotine sur le cerveau. Ils ont ensuite effectué des tests comportementaux sur les animaux pour mesurer leur capacité à distinguer la nicotine de la quinine. Ils ont alors constaté que l'inhibition des récepteurs nicotiniques de la langue diminuaient leur capacité à distinguer les deux. Leurs résultats démontrent ainsi l'existence de voies sensorielles à travers lesquelles la nicotine peut modifier l'activité du cerveau par une action périphérique dans ce cas par les papilles gustatives. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de traitement du tabagisme. L'application d'un antagoniste nicotinique sur la langue comme moyen de modulation des effets périphériques pourrait être un complément important aux traitements actuels.
[1] "Nicotine activates TRPM5-dependent and independent taste pathways" - Albino J. Oliveira-Maia, Jennifer R. Stapleton-Kotloskic, Vijay Lyall, Tam-Hao T. Phan, Shobha Mummalaneni, Pamela Melone, John A. De Simone, Miguel A. L. Nicolelis, Sidney A. Simon - PNAS - January 2009 online Early Edition - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/X9lwO