Nous l'évoquions dans notre dernier rapport sur les énergies renouvelables en Espagne [1] : L'Espagne, mauvais élève de Kyoto, commence à acheter des droits à polluer. En interne, la situation est plus compliquée. En effet, Ismael Romeo, le directeur général de Sendeco2 [2], la bourse du CO2, est formel : l'industrie lourde espagnole, tout particulièrement celle liée au secteur de la construction (briqueteries, cimenteries, ...) a encaissé en 2008 400 à 500 millions d'euros en vendant les droits d'émission de 20 à 25 millions de tonnes de CO2.
Ces droits ont été vendus à des entreprises du domaine énergétique (électriciens, raffineurs) et à des investisseurs internationaux. Cette situation est le résultat un peu inattendu de la crise financière et de la crise immobilière particulièrement virulente en Espagne : baisse de production donc droits de polluer à revendre et crise de liquidité du secteur financier qui fait qu'il est plus rentable de vendre des droits à polluer que d'emprunter.
Est-ce une prime indue aux entreprises qui licencient, voire même qui ne maintiennent plus qu'une activité symbolique pour avoir le droit de revendre leur droit ? Le directeur de Oficemen, qui regroupe les producteurs de ciment espagnols, nuance : dans ce secteur, affirme-t-il, près de 600 millions d'euros ont été investis pour améliorer les procédés de production et réduire "pour de vrai" les émissions. Son souhait : que les droits à polluer manquent et qu'il faille même en acheter ; ce serait un marqueur de reprise du secteur. Manifestement, on n'en est pas là du tout.