Un groupe de chercheurs de l'Ecole Internationale Supérieure de Trieste a mis en évidence que l'implication des zones motrices dans l'élaboration linguistique n'est pas automatique. Les résultats de l'étude sont publiés en ligne dans la revue PloS ONE.
Les zones motrices du cerveau favorisent les processus cognitifs qui permettent une compréhension profonde de la signification des paroles, celle qui permet l'interaction sociale. Le point de départ de l'étude a été la théorie selon laquelle les zones motrices s'activent nécessairement et automatiquement pour comprendre le langage. Cette théorie qui est, selon Raffaelle Rumiati, directrice du groupe de recherche, "trop générale" parce qu'elle reviendrait à dire qu'il n'est pas possible de comprendre vraiment une parole qui décrit une action si la zone cérébrale qui permet de l'exécuter physiquement n'est pas activée.
Pour éclairer la question, les chercheurs ont réalisé des expériences de Transcranial magnetic stimulation (TMS) sur des volontaires, qui consistent à stimuler le cortex moteur primaire -celui d'où partent les commandes pour exécuter les mouvements- puis à en mesurer le niveau d'activation et enregistrer les potentiels évoqués à l'aide d'électrodes appliquées sur les muscles périphériques. L'activation a été mesurée à divers intervalles de temps, qui correspondent à divers stades de l'élaboration des paroles (lexical, sémantique et post-sémantique). En effet, établir quand se vérifie l'activation motrice dans l'élaboration linguistique peut aider à en comprendre la fonction.
Les résultats montrent que l'activation des zones motrices "n'a lieu que lorsque l'information motrice contenue dans les paroles est nécessaire pour effectuer l'action", selon Liuba Papeo, premier auteur de l'article. Elle poursuit en expliquant que si l'on considère l'exemple le verbe "caresser" : si quelqu'un demande si le verbe décrit une action manuelle, la stratégie cognitive la plus efficace pour répondre est d'imaginer l'action, activant ainsi les zones motrices du cerveau. S'il était demandé par contre de dire si la parole a 4 ou 5 syllabes, le recours à la zone motrice ne serait pas nécessaire. Les résultats suggèrent que les zones motrices ne sont pas "au service" des processus strictement linguistiques mais aussi d'autres opérations mentales, comme l'imagination, qui rendent la compréhension et l'interaction sociale plus fluides et efficaces.