Originaire d'Argentine, Romina Aron-Badin a intégré MIRCen (Molecular Imaging Research Centrer) en décembre dernier. Au sein de l'équipe "Stratégies Thérapeutiques" du Laboratoire des Maladies Neurodégénératives de cette plate-forme préclinique d'imagerie unique en France, certains de ses plus "proches collaborateurs" au quotidien sont des singes, plus particulièrement des macaques. Les études précliniques qu'elle mène ou auxquelles elle participe s'appuient en effet sur l'utilisation, voire le développement, de modèles animaux de maladies neurodégénératives comme Parkinson et Alzheimer. Aussi n'hésite-t-elle pas à parler de "coopération" pour ce travail, d'autant plus important, quand on sait qu'environ 800.000 Français souffrent de la maladie d'Alzheimer et 120.000 de la maladie de Parkinson.
Inaugurée à l'automne dernier, MIRCen, fruit d'un partenariat entre le CEA et l'Inserm, est un Centre de Recherche Commun (CRC) consacré aux essais précliniques de thérapies génique, cellulaire et médicamenteuse pour le traitement de maladies cardiaques, infectieuses, hépatiques et neurodégénératives. Les chercheurs de MIRCen travaillent en particulier sur des maladies comme Parkinson, Alzheimer ou encore la Chorée de Huntington, qui toutes se caractérisent par des troubles du comportement moteur (tremblement, posture, rigidité...) et des troubles cognitifs. "Or c'est à l'aide de modèles animaux, que ce soit chez les rongeurs ou les primates, que nous essayons de détecter et de caractériser les mêmes symptômes que nous observons chez le patient, notre objectif étant de réussir à atténuer ces symptômes, voire les faire disparaître, grâce à des traitements efficaces", explique Romina Aron-Badin.
Au bon endroit, au bon moment
Cela fait une dizaine d'années que cette jeune femme a décidé qu'elle travaillerait sur les maladies neurodégénératives. "Ces maladies chroniques détériorent progressivement et durablement la vie quotidienne de ceux qui en sont atteints. Or si nous réussissons à les dépister assez tôt, nous pourrons non seulement améliorer considérablement la vie des patients sur de longue période, voire peut être les guérir dans un avenir plus ou moins lointain", estime-t-elle. "Cette possibilité d'agir" va donc orienter tout son parcours universitaire, qu'elle entame à Leeds, en Angleterre, après des études secondaires effectuées dans son pays. Elle commence par étudier la génétique humaine puis s'oriente vers les pathologies du cerveau. Après un Master en Ecosse qui lui permet de se familiariser avec les neurosciences, alors en plein essor, et de participer à des projets associés aux maladies neurodégénératives, elle regagne Londres afin d'y entamer un doctorat ayant pour thème l'infarctus cérébral. L'occasion pour elle de découvrir l'imagerie et d'appréhender les comportements et les techniques pour les étudier. Doctorat en poche, elle effectue un premier post-doc en Angleterre avant d'en réaliser un second, au sein de la Direction des Sciences du Vivant du CEA, à Fontenay-aux-Roses. Fin prête pour appliquer concrètement sa décision prise dix ans plus tôt, à savoir travailler sur les maladies neurodégénératives, elle propose alors ses compétences à MIRCen qui doit être opérationnel pour la fin 2008.
"J'ai l'impression d'avoir le privilège d'arriver au bon moment, au bon endroit", avoue-t-elle. MIRCen répond en effet aux besoins de faire de la recherche de façon pluridisciplinaire avec des moyens techniques considérables. Un lieu unique où Romina Aron-Badin va pouvoir travailler à la fois sur les comportements moteurs, qu'elle connaît déjà bien, et les comportements cognitifs. En effet, jusqu'à présent, ses travaux avaient porté essentiellement sur l'étude des comportements moteurs, en particulier lors de son second post-doc, réalisé en collaboration avec le groupe pharmaceutique français Ipsen sur le modèle de la maladie de Parkinson chez le primate. Des travaux qui l'ont conduit notamment a adapté deux logiciels, développés par la société Noldus, qui permettent ainsi d'analyser les comportements de singes parkinsoniens. "Aujourd'hui, nous allons franchir une nouvelle étape en associant à ces techniques, en particulier d'enregistrement vidéo dans des cages spécifiques, différents tests permettant d'étudier les comportements cognitifs", indique-t-elle.
D'ores et déjà, les premiers tests cognitifs à mettre en place chez les primates ont été identifiés. "L'étude des comportements cognitifs est totalement différente de l'étude des comportements moteurs", souligne-t-elle. Tester de façon précise les qualités cognitives d'un macaque nécessite en effet d'être proche de l'animal afin qu'il coopère. Au programme, tests à l'aide d'objets en 3D et écran tactile afin d'étudier notamment la réminiscence des formes et des couleurs. "Il s'agit d'appréhender leur capacité à mémoriser et à mettre en place une stratégie". Autant de tests qui, à terme, pourront être combiné à de l'imagerie, un "plus" que seul MIRCen peut offrir.
Les singes, des sujets avec lesquels il faut coopérer
Au cours des prochaines années, MIRCen devrait abriter jusqu'à 400 primates qui seront utiliser dans l'ensemble des études de MIRCen nécessitant l'utilisation de ces modèles. Cette population si particulière, Romina Aron-Badin va devoir la "manager", tout en poursuivant parallèlement ses recherches. Une tâche importante, voire ambitieuse, qu'elle effectue néanmoins dans une relative sérénité, son moteur étant la passion pour son métier de chercheur, mais aussi pour ceux avec qui "elle coopère" au quotidien. "Attention, ce ne sont ni des numéros, ni des mascottes. Ce sont des sujets avec lesquels je coopère dans le but de parvenir à des résultats qui conduiront à la mise au point de solutions thérapeutiques". Aussi est-elle capable de reconnaître chacun des singes avec lesquels elle travaille à partir d'une simple photo, de distinguer si l'un d'entre eux est triste ou a besoin d'une présence. "Tous ces facteurs doivent être pris en considération si vous souhaitez entamer une séance de travail. Sinon, pas question de réaliser la moindre étude avec eux".
A plus long terme, Romina Aron-Badin voudrait réaliser des tests sur de petits groupes hiérarchisés de singes, travailler de façon plus spontanée, ce qui nécessitera évidemment de changer la façon de les héberger mais devrait permettre d'obtenir d'autres résultats au niveau cognitif. Mais pour l'heure, elle s'investit pleinement pour que cette animalerie et ses différents outils soit rapidement fonctionnels, afin de pouvoir consacrer davantage de temps à ces propres travaux de recherche sur la maladie de Parkinson, mais aussi sur la maladie d'Alzheimer, voire la Chorée de Huntington. "Etudier ces maladies nous donnent à nous chercheur la possibilité d'agir", rappelle-t-elle avec enthousiasme.