Les neurones miroirs [1] ne permettraient pas seulement de mieux comprendre les comportements, mais aussi de choisir les réactions propres adaptées à ces comportements. C'est ce qu'ont conclu des chercheurs de l'Institut Hertie de recherche clinique sur le cerveau de l'Université de Tübingen [2], en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Parme. Ces résultats, qui ont fait l'objet d'une publication dans la revue Science [3], devraient permettre de mieux comprendre certaines difficultés dans les relations sociales, comme par exemple celles liées à l'autisme.
C'est dans les années 1990 que le Prof. Rizzolatti découvre les neurones miroirs : un type de neurones spécialisés, ayant la même activité lors de la réalisation d'une action que lors de l'observation de la même action réalisée par une autre personne. Selon cette découverte, la compréhension des comportements ou actions (par exemple comprendre/anticiper, quand quelqu'un tend sa main vers une pomme, qu'il va la saisir pour la déplacer ou la manger) passe par ces neurones miroirs. Les résultats des chercheurs de l'Institut Hertie étendent la fonction de ces neurones spécifiques, au delà de la compréhension d'actions, à la sélection de réactions en fonction des comportements observés.
L'expérience consistait à mesurer l'activité des neurones miroirs du cortex cérébral [4] de singes, alors qu'ils observaient un chercheur effectuer des actions spécifiques - à portée (espace péri-personnel) ou non (espace extra-personnel) de ces singes. Les chercheurs ont pu remarquer que, selon la distance entre le singe observateur et l'action, certains neurones miroirs étaient activés et pas d'autres : un premier groupe de neurones réagissait uniquement à des actions effectuées dans l'espace péri-personnel, un deuxième à des actions effectuées dans l'espace extra-personnel.
Cette perte d'activité des neurones miroirs lorsque l'intervention de l'observateur dans l'action n'est plus possible, montre que ces neurones codent non seulement ce que les autres individus font, mais aussi où ils le font, et si l'observateur peut prendre part à l'action. Ils guideraient ainsi, en permettant l'interprétation des actions observées, le choix de la réponse comportementale adaptée. Ces résultats précisent l'image du rôle que jouent les neurones miroirs dans la traduction d'interactions sociales et ouvrent de nouvelles perspectives quant au traitement de leurs dysfonctionnements.
[4] Le cortex cérébral (ou écorce cérébrale) est la couche externe des deux hémisphères du cerveau chez les vertébrés, et le lieu du traitement fondamental de l'information.
- [1] Article sur les neurones miroirs : http://fr.wikipedia.org/wiki/Neurone_miroir - [2] Site de l'Institut Hertie de recherche clinique sur le cerveau (en allemand) : http://www.hih-tuebingen.de/ - [3] " Mirror Neurons Differentially Encode the Peripersonal an Extrapersonal Space of Monkeys", Caggiano, Fogassi, Rizzolatti, Their & Casile - Science - 17/04/2009 - Prof. Peter Thier - Centre de neurologie, Institut Hertie de recherche clinique sur le cerveau, Université de Tübingen - tél : +49 7071 29 85662 - email : thier@uni-tuebingen.de