Le séneçon de Jacob, encore appelé séneçon Jacobée, est une plante toxique pour les humains, les équins et les bovins. De nombreux chevaux et veaux s'intoxiquent chaque année, plusieurs meurent même parfois des suites de l'ingestion de cette plante. En Allemagne, les agriculteurs et les scientifiques semblent avoir observé ces dernières années une recrudescence de séneçons de Jacob, notamment au bord des routes, mais aussi sur les terres agricoles non cultivées. Ce phénomène pourrait présenter un risque sanitaire pour l'Homme, par exemple si la toxicité de la plante remonte la chaîne alimentaire.
Pouvant atteindre plus d'un mètre, la plante fleurit à partir de juin (fleurs jaunes). Sa toxicité est due à l'alcaloïde pyrrolizidine, une substance contenue dans la plante. Cette molécule n'est pas toxique en soi pour les humains et les animaux, mais les produits de sa dégradation dans l'organisme le sont. Ils sont notamment nocifs pour le foie. Une exposition aiguë (ponctuelle) relativement forte à ces substances peut être mortelle tandis qu'une faible exposition chronique peut conduire à des cancers du foie. L'alcaloïde pyrrolizidine a déjà été retrouvé dans des produits alimentaires tels que le lait ou le miel. Autrefois, le séneçon Jacobée était sciemment planté aux bords des routes, le long des chemins de fer ou encore sur les terrains en friche, et ce pour des raisons esthétiques.
Selon Monika Lahrssen-Wiederholt de l'Institut fédéral de l'évaluation des risques (BfR), les conditions agricoles et climatiques actuelles favorisent la propagation du séneçon Jacobée en Allemagne. Sabine Aboling, botaniste à l'Ecole supérieure vétérinaire de Hanovre, met en cause l'état des prés dans lesquels va paître le bétail : "La plante n'aurait aucune chance sur un pré bien entretenu". Sans un petit coup de pouce climatique, la plante n'aurait pas pu non plus se multiplier de la sorte : le climat chaud de ces dernières années a dû favoriser sa prolifération.
Contrairement à l'Angleterre et à la Suisse, il n'existe en Allemagne pas de documents officiels listant les territoires où se développe la plante, ni le nombre de bêtes qui meurent chaque année des suites de l'ingestion de séneçon de Jacob. Sur de nombreux forums internet, la polémique enfle cependant, notamment à la suite de témoignages d'agriculteurs se voulant très alarmants sur le sujet.
Les scientifiques cherchent maintenant à savoir quelle quantité d'alcaloïde pyrrolizidine est mortelle pour l'Homme. Il a été démontré que des concentrations même très faibles de cette substance pouvaient s'accumuler dans l'organisme et présenter à terme un risque pour la santé. De même, il est désormais nécessaire de savoir à quelle quantité d'alcaloïde pyrrolizidine l'Homme est exposé via son alimentation. L'intoxication ne semble pour le moment survenir que par l'ingestion de végétaux, et non pas de viande. Toutefois, des traces d'alcaloïde pyrrolizidine ont été trouvées dans le miel. Au BfR, un groupe de biologistes recherchent la présence d'alcaloïde pyrrolizidine dans le lait - notamment celui de chèvres - et dans les produits laitiers. L'étude n'a toutefois pas encore abouti à des résultats probants. Dans le même temps, des critiques s'élèvent au sein du monde scientifique puisque les chèvres, sur lesquelles sont entreprises les recherches du BfR, semblent résister beaucoup mieux à l'alcaloïde pyrrolizidine que les veaux par exemple. "La chèvre n'est dans ce cas pas un bon modèle d'étude", affirme Petra Wolf, experte en alimentation animale à l'Ecole supérieure vétérinaire de Hanovre. Devant ces contestations, le BfR se laisse la possibilité de mener de nouvelles recherches, cette fois sur les veaux, même si rien n'a encore été décidé. Helmut Wiedenfeld de l'Université de Bonn considère que le risque de contamination par le lait est très faible du fait de "l'effet de dilution". Ce denier admet, néanmoins, que la prolifération du séneçon Jacobée peut poser un risque à l'Homme dans le cas des petites exploitations laitières.