Au travers de nombreuses institutions de recherche, de divers programmes et d'une importante contribution à l'année polaire internationale, la Norvège continue à s'affirmer comme une nation de premier plan pour la recherche en milieux arctique et polaire. Ses priorités se concentrent sur le développement des installations et des recherches au Svalbard, la RETD dans la zone de la mer de Barents, et sur le renforcement de la coopération scientifique avec son voisin russe.
La Norvège a une longue tradition d'expéditions et de recherche en milieu polaire, que ce soit en Arctique ou en Antarctique. Les activités norvégiennes de recherche en Arctique (ou Grand Nord, c'est à dire la zone située au Nord du cercle polaire arctique) se concentrent, prioritairement, sur le Svalbard et la zone de la mer de Barents. Les sciences climatiques, les technologies arctiques, la géophysique, la biologie et les études atmosphériques sont parmi les domaines les plus étudiés par les chercheurs norvégiens en Arctique. L'impact de l'activité humaine sur les écosystèmes de cette zone est aussi au coeur des préoccupations. D'après une étude récente (2008) de l'institut norvégien NIFU-STEP, la Norvège se placerait au 3ème rang mondial pour la recherche Arctique. Alors qu'elle contribue à hauteur de 0.6% de la production scientifique mondiale, sa part atteint en effet 6% pour la recherche Arctique.
1. Les principaux acteurs de la recherche arctique en Norvège
Le Conseil Norvégien de la Recherche (Norges Forskningsråd, d'acronyme NFR) intervient, d'une part, en tant qu'agence de moyens (il canalise et redistribue la majeure partie de l'effort norvégien de la recherche) et, d'autre part, en tant que coordinateur de la politique norvégienne en matière de recherche polaire.
Les activités de recherche dans le Grand Nord et en milieu polaire ont notamment augmenté à l'occasion de l'année polaire internationale qui vient de se terminer et à laquelle la Norvège a participé activement (40 M euros sur 4 ans).
Plusieurs des programmes de recherche du NFR traitent de questions arctiques et polaires : NORKLIMA (impact des changements climatiques en Norvège), PETROMAKS (activités pétrolières), HAVKYST (recherche sur les océans et les zones côtières), Environnement 2015, programme de recherche spatiale et programme "Europe de l'Est". Des activités de R&D sont également financées via le programme Barents 2020. Le Comité national de la recherche polaire (SSF) est un forum qui informe et coordonne toutes les activités de recherche dans l'archipel de Svalbard et conseille le NFR pour les questions polaires. La Norvège participe également à l'ERANET EUROPOLAR qui coordonne les programmes européens de recherche polaire.
La plupart des universités et de nombreux centres de recherche publics et privés ont des activités de recherche en lien avec l'Arctique et le Grand Nord.
Les acteurs principaux sont le Centre Polaire Environnemental à Tromsø, principal centre de recherche en Norvège pour l'étude de l'Arctique, de la glace et des conditions climatiques (qui héberge plusieurs institutions de recherche dont l'Institut Polaire Norvégien et la société Akvaplan-Niva), l'institut de recherche marine (IMR) dont le siège est à Bergen, l'université de Tromsø et le Centre Universitaire du Svalbard (UNIS), créé à l'initiative des quatre universités norvégiennes de Tromsø, Bergen, Trondheim et Oslo.
Le Centre de Recherche Scientifique du Svalbard comprend une extension du Centre Universitaire du Svalbard (UNIS), un nouvel espace pour l'Institut Polaire Norvégien (NPI), le radar à diffusion incohérente Eiscat Svalbard Radar (ESR), mais aussi le Forum Scientifique du Svalbard qui coordonne les projets d'études et concentre les connaissances scientifiques acquises dans la région.
A Longyearbyen se trouvent également plusieurs stations intéressant la recherche polaire : Svalsat (station satellites du Svalbard), station d'études des aurores boréales, ...
Au Svalbard, la Norvège a aussi investi beaucoup d'efforts et de ressources pour mettre en place une infrastructure de recherche à Ny-Alesund, qui s'est depuis développée en tant que base de recherche internationale au Svalbard. On y trouve plusieurs infrastructures norvégiennes, qui effectuent entre autres des mesures en continue sur les taux de radiations, la pollution atmosphérique, le niveau de la couche d'ozone, ainsi que l'activité sismique en zone Arctique. De même, des instituts étrangers y ont installé leurs stations de recherche, dont la France avec les stations Corbel et Rabot, qui font maintenant partie de la plate-forme commune polaire franco-allemande (AWIPEV).
En Décembre 2008, le Svalbard a été officiellement mis sur la liste prioritaire pour les grandes infrastructures européennes de recherche (ESFRI). L'UE a décidé de débloquer 400 millions de Nok (environ 50 millions d'euros) pour développer la recherche dans 4 domaines - la Terre, la mer, les glaciers et l'atmosphère.
Parmi les autres institutions de recherche (impliquées à des degrés divers) dans la recherche Arctique, on trouve notamment : la Fondation de recherche NORUT et le Centre de recherche Arctique Amundsen à Tromsø, l'Université de Stavanger, le centre de recherche IRIS à Stavanger, le Nansen Environmental Research Center et l'Université de Bergen (Centre d'études du Climat Bjerknes), l'Université d'Oslo, l'Université technologique de Norvège (NTNU) et l'Institut de recherche SINTEF à Trondheim, l'Institut météorologique norvégien (qui gère 3 stations en Arctique sur les îles de Bjørnøya, Hopen et Jan Mayen), les collèges universitaires de Narvik (Technologie), Bodø (Economie), Harstad, Alta, ....
Plusieurs de ces institutions (principalement à Tromsø) participent activement au réseau ARCTOS, qui mène des études sur des thèmes variés en écologie marine dans la mer de Barents, autour du Svalbard et dans la plupart des eaux du Nord, en partenariat avec des institutions de recherche en Russie, en Amérique du Nord et en Europe.
Plusieurs coopérations inter-universitaires sont favorisées par le gouvernement. Par exemple, la coopération en lien avec le développement du champ de Snøhvit qui implique NTNU à Trondheim, l'Université de Stavanger, l'Université de Tromsø et les collèges universitaires de Narvik et du Finnmark (Alta, Hammerfest).
2. La stratégie du gouvernement norvégien en matière de R&D pour le développement du Grand Nord
La recherche et l'innovation sont des composantes essentielles de la politique norvégienne dans le Grand Nord. Dans le cadre de sa stratégie Grand Nord, le gouvernement norvégien a proposé de miser, entre autres, sur plusieurs mesures dans le domaine de la R&D : - Augmenter les activités de recherche en géophysique, analyses sismiques et cartographie pour développer les activités pétrolières en mer de Norvège et de Barents. - Etudier les besoins de nouveaux navires de recherche capables de naviguer à travers les glaces. - Financer des activités de recherche spécifiques par le biais du Conseil Norvégien de la Recherche (616 M NOK en 2007). - Accroître les efforts d'application du plan global de gestion du milieu marin en mer de Barents et au large des Lofoten (programme MAREANO), par le biais de la cartographie et de la surveillance du milieu marin (fonds marins, programme SEAPOP : Seabird Population Management and Petroleum Operations), de la recherche sur les écosystèmes et la biodiversité et sur l'impact de l'activité humaine. - Intensifier le travail de repérage, de surveillance et de recherche sur les changements climatiques et les toxiques environnementaux. - Mettre au point une technologie environnementale spécifique aux régions du Grand Nord, et destinée à une mise en place locale, grâce au renforcement des efforts de R&D. - Lancer plusieurs projets de R&D dans le cadre du programme Barents 2020 (20 M NOK en 2007). - Développer la coopération internationale en terme de recherche et d'éducation avec les pays membres du Conseil Arctique (avec une attention particulière pour la coopération avec la Russie et en particulier les institutions de la Russie du Nord-Ouest), indispensable pour la gestion des régions du Nord et pour résoudre les problèmes d'environnement. - Créer des bourses d'études financées par le programme Barents 2020, pour des recherches ayant trait aux régions du Grand Nord (accueil d'étudiants des USA, du Canada et de Russie). - Augmenter les efforts de coopération culturelle dans la région, en particulier avec la Russie. - Développer le réseau de recherche sur les peuples autochtones vivants dans le Grand Nord (Samis), en lien notamment avec les challenges rencontrés pour l'élevage des rennes. - Renforcer l'infrastructure de recherche au Svalbard où plusieurs pays ont des stations de recherche. - Stimuler les efforts entrepris en matière de bioprospection et pour le développement de productions nouvelles, à base d'organismes marins (Centre de recherche et d'innovation MABCENT à Tromsø). - Encourager les recherches visant à l'élevage de certaines espèces marines (cabillaud en mer de Barents).
3. Initiatives récentes
Coopération avec la Russie : la coopération dans le domaine de la recherche entre la Russie et la Norvège se concentre sur la recherche dans le Grand Nord, dans le cadre d'un accord bilatéral conclu en 1997. Les principaux domaines couverts sont la géophysique, l'océanographie, la météorologie et les changements climatiques, la biologie marine et la géologie. Le comité bilatéral qui s'est réuni récemment à Oslo a notamment décidé d'étendre l'activité de recherche afin d'intégrer d'autres projets communs dans la région Arctique. Le développement des infrastructures de recherche au Svalbard a été un sujet majeur lors de cette réunion.
Une priorité norvégienne est d'encourager des projets de R&D dans le Grand Nord s'appuyant sur des partenariats public-privé :
En novembre 2008, une chaire a été lancée dans le domaine de la logistique maritime à Kirkenes, avec un co-financement du Ministère norvégien des Affaires Etrangères et des intérêts privés.
D'autres initiatives ont été présentées par le Premier Ministre norvégien Stoltenberg dans une conférence de presse à Tromsø, en mars dernier : - Programme d'innovation pour les régions du Nord de la Norvège : le gouvernement norvégien va allouer 200 millions de couronnes norvégiennes (22,5 millions d'euros) à un nouveau programme d'innovation pour le nord de la Norvège, destiné notamment aux PME. Ce programme concerne l'industrie marine, l'énergie, le tourisme, les industries minières, la télé-médecine (avec un centre d'excellence à Tromsø) et la technologie spatiale. - Création d'un nouveau centre sur le climat et l'environnement de recherche à Tromsø. - Acquisition d'un nouveau navire de recherche capable de naviguer à travers les glaces, notamment pour des études en mer de Barents.