La multirésistance des bactéries aux antibiotiques est un phénomène qui est apparu durant les années 1950, à la suite de l'utilisation de ces médicaments. Si les chercheurs ont découvert par la suite que les gènes de résistance étaient facilement capturés, disséminés et échangés d'une bactérie à l'autre par un système de "couper/coller" génétique de structure contenant ces gènes, que l'on appelle intégrons, en revanche, la dynamique de ces échanges, qui conditionne des multirésistances chez les bactéries, restait inexpliquée. D'où l'importance des résultats des travaux de chercheurs de l'Institut Pasteur associés au CNRS et de l'Inserm, au sein de la Faculté de médecine de Limoges, en collaboration avec des équipes espagnoles, qui viennent d'être publiés dans la revue Science ("SOS response controls integron recombination"), le 22 mai dernier. Ceux-ci révèlent en effet pour la première fois comment les bactéries acquièrent ces propriétés de multirésistances.
Ce sont les antibiotiques eux-mêmes qui provoquent la synthèse de l'enzyme bactérienne qui capture les gènes de résistance, permettant ainsi leur expression dans l'intégron. Le réagencement, au hasard, des gènes de résistance au sein de l'intégron est favorisé par cette enzyme. Or l'ordre de ces gènes dans l'intégron détermine le degré de priorité pour leur expression, les premiers étant les plus exprimés et conférant à la bactérie les résistances correspondantes. De leur côté, les derniers restent silencieux tout en étant néanmoins conservés en réserve. Ainsi, lors d'un nouveau réagencement, déclenché par la prise d'un antibiotique par exemple, ils seront susceptibles de se retrouver dans les premières positions et d'apporter à la bactérie les résistances requises face à ce médicament. Les bactéries qui possèdent alors la bonne "combinaison" de gènes pourront survivre et assurer le maintien du potentiel de résistances au fil des générations.
Les résultats de ces travaux démontrent combien les stratégies d'adaptation bactériennes face aux antibiotiques sont efficaces, que ce soit à court ou long terme. Ils caractérisent ainsi précisément les contraintes liées à la génétique des bactéries, que devront prendre en compte les mesures de santé publique à venir pour lutter contre le problème préoccupant des multirésistances.