La population des phoques de la mer Blanche a diminué ces dernières années. La faute en incombe, prioritairement, aux espaces de glace de plus en plus réduits, à l'épaisseur de plus en plus faible de la glace, ainsi qu'à la formation plus tardive des champs de glace, sur lesquels les phoques viennent se reproduire et où les jeunes phoques passent les premières semaines de leur existence. Par ailleurs, leur chasse commerciale ne connaît pas de répit.
Mais un autre facteur joue un rôle non négligeable dans ce recul de la population des phoques. Les passages non contrôlés des navires, au printemps, au travers des champs de glace, sont redoutables pour les populations de jeunes phoques. On estime que chaque nouveau chenal creusé par un navire cause la perte de quelque 500 à 1.000 jeunes phoques, lesquels ne savent pas encore nager avant leur mue.
Les spécialistes de la société russe ScanEx [1], qui a son siège à Moscou, ont mis au point une technologie permettant de détecter les lieux où se trouvent les jeunes phoques grâce aux clichés spatiaux. Ce travail a été réalisé dans le cadre d'une opération visant à protéger la population des phoques du Groenland, dans les environs de la mer Blanche. Les tentatives effectuées jusqu'alors pour déterminer depuis l'espace les lieux d'habitation des animaux marins avaient donné des résultats négatifs. Détecter à l'aide d'un satellite doté au maximum d'une résolution de 0,5 m ou 1 m un phoque de 1 à 1,5 m de couleur grise sur le fond de glace formant la banquise est très difficile. Et détecter de petits phoques est impossible. Avec la nouvelle technologie proposée par ScanEx, les groupes de phoques sont localisés d'après les longues traces en lacets que ces animaux laissent lorsqu'ils se déplacent sur la glace, ainsi que d'après les creux circulaires (ou alvéoles), laissés dans les glaces jeunes, auxquels conduisent les multiples traces.
Cette technologie implique l'utilisation des données fournies par le système satellitaire israélien EROS-B, orbitalisé à quelque 500 km au-dessus de la Terre. Ce système présente l'avantage de fournir une résolution exceptionnelle (0,7 m), de transmettre très rapidement les données et permet que l'on commande des clichés trois jours avant le passage du satellite au-dessus des territoires concernés. Les clichés sont reçus directement au centre de traitement de ScanEx, à Moscou, où les spécialistes procèdent à l'analyse des données. Cette méthode permet non seulement de détecter les principaux lieux de repos des phoques, mais aussi de voir les tracés empruntés par les navires.
L'Agence russe des transports maritimes et fluviaux (Rosmorretchflot) soutient cette opération de protection des lieux de repos des phoques du Groenland sur les glaces de la mer Blanche. Elle organise, avec l'aide de l'état-major des opérations de brise-glace du port d'Arkhangelsk, le déplacement des navires dans les glaces en les faisant passer suffisamment loin des lieux de repos des phoques.
[1] Leader sur le marché de ce secteur, le Centre d'ingénierie technologique ScanEx exploite - de la réception au traitement thématique - les données en provenance des satellites de plusieurs pays. C'est à ce jour la seule société russe ayant des accords de licence avec les principaux opérateurs mondiaux de programmes de détection satellitaire (IRS, SPOT, EROS, RADARSAT, ENVISAT) pour la réception directe au sol des données par les complexes UniScan, conçus par ScanEx.