Une équipe de chercheurs japonais, menés par le docteur Erika Sasaki de l'Institut Central d'Expérimentation Animale, est parvenue à faire naître des ouistitis communs génétiquement modifiés capables de transmettre un transgène à leur descendance. C'est la première fois qu'un tel résultat est obtenu avec des primates.
On qualifie de transgénique un organisme, animal ou végétal chez qui un gène a été ajouté, retiré ou remplacé. Les méthodes pour générer une lignée de souris transgéniques sont aujourd'hui bien établies, ce qui permet d'utiliser cet animal comme modèle dans les recherches biomédicales. Cependant, les différences génétiques et physiologiques entre souris et primates rendent très incertaine l'extrapolation des résultats obtenus sur le modèle à des applications cliniques. Le ouistiti commun présente plusieurs caractéristiques qui en font un modèle potentiellement intéressant : plus proche de l'homme que la souris, l'espèce a un temps de gestation court (environ 5 mois), atteint assez rapidement la maturité sexuelle (entre un an et un an et demi), et les femelles donnent naissance à jusqu'à 80 petits dans une vie.
Les chercheurs ont injecté un vecteur viral transportant une protéine, nommée EGFP, dans 91 embryons de ouistiti. Plusieurs éléments originaux de la méthode méritent d'être mentionnés. Tout d'abord, la protéine EGFP a pour particularité d'être fluorescente, ce qui a permis de surveiller facilement son expression tout au long du processus. De plus, la plupart des embryons de ouistiti utilisés ont été obtenus par reproduction naturelle, car les chercheurs ont constaté lors d'une étude pilote que ceux-ci étaient plus susceptibles d'exprimer un transgène que les embryons obtenus par fécondation in vitro. Par ailleurs, un titre élevé de vecteurs viraux a été injecté. Enfin, la majorité des embryons a été placée dans une solution de sucrose, ce qui a eu pour effet d'augmenter leur volume et de faciliter la phase d'injection.
Les embryons ont ensuite été implantés à des mères porteuses. Au final, 5 ouististis bien portants sont nés. Quatre d'entre eux ont exprimé la protéine EGF dans différents tissus - racines des poils, peau, cellules sanguines. Lorsqu'ils ont atteint la majorité sexuelle, deux d'entre eux ont également exprimé la protéine dans leurs cellules germinales. Enfin, l'un d'entre eux a transmis le gène codant pour la protéine à un descendant né par fécondation in vitro.
L'étude suggère que la méthode utilisée permettra d'obtenir des lignées de primates transgéniques pour la recherche en médecine régénératrice et en thérapie génique. Les chercheurs vont cependant sans doute devoir prêter attention aux questions éthiques que pose la génération d'une lignée de ouistitis porteurs d'un gène défectueux.