L'Institut National du Delta du Danube de Tulcea est le promoteur d'un projet international (acronyme Best Combat) sur la "réduction de l'impact social lié à l'arrêt de la pêche commerciale des esturgeons, du genre Huso (Belouga), par le développement d'un tourisme centré sur les esturgeons du Danube". Ce projet d'un montant de 1,23 millions euros est financé à 85% par la Norvège et 15% par le Ministère roumain de l'Environnement. C'est l'un des premiers projets approuvés et qui seront financés, parmi 72 propositions déposées l'année passée dans le cadre du Programme de Coopération de la Norvège avec la Bulgarie et la Roumanie. Les partenaires sont Casa Caviar de Bucarest - Filiale de Tulcea, l'Institut de Recherches pour l'Eau (NIVA) d'Oslo et l'Université Technique de Trondheim (NTNU), Norvège.
Le projet se propose de réaliser les recherches, en sociologie, biologie et dans le domaine du tourisme, qui sont nécessaires pour le développement, dans le secteur inférieur du Danube (en Roumanie), d'un tourisme aussi bien culturel que d'aventure avec la participation des communautés de pêcheurs d'esturgeons et des sociétés qui élèvent des esturgeons en Roumanie.
Les investigations sur l'impact social de l'arrêt de la pêche commerciale des esturgeons sur les communautés des pêcheurs d'esturgeons du Danube seront conduites par la chaire de sociologie de l'Université Technique de Trondheim. Cette dernière a une grande expérience acquise à l'occasion de l'arrêt de la pêche commerciale des saumons sauvages, durant les années 1980, en Norvège. Deux chercheurs de l'Institut National du Delta du Danube, qui travaillent sur cette partie du projet, bénéficieront de bourses de deux ans afin de suivre des cours de Master en "sociologie appliquée aux zones de côtières et aux communautés des pêcheurs".
La partie "biologie" du projet a pour but de mieux comprendre le cycle biologique de l'esturgeon (la plus grande espèce de poisson d'eau douce) pour développer le potentiel de repeuplement de cette espèce, le Danube inférieur étant le seul fleuve d'Europe où il y a encore des esturgeons. La première étape a été le marquage avec des émetteurs satellites de cinq esturgeons mâles, un à la station de reproduction des esturgeons d'Isaccea et les quatre autres de à celle de Tamadau, les 22 et 26 mai 2009.
Ces émetteurs ont été programmés pour se détacher des poissons à une date précise, flotter à la surface de l'eau et transmettre les données stockées au satellite ARGOS. Les durées pour lesquelles ils ont été programmés pour acquérir des données sont deux ans, trois mois, six mois, neuf mois et 1 an, respectivement après le marquage des poissons et leur remise en liberté dans le Danube au Kilomètre 100 (Isaccea) et dans le secteur Borcea du Danube au Km 38 (Stelnica). Les données enregistrées par ces marquages vont fournir des informations sur la température et la profondeur de l'eau et sur les déplacements et la distribution des esturgeons dans la Mer Noire, des éléments essentiels pour le programme régional de préservation et du repeuplement de l'espèce. Les esturgeons marqués proviennent du lot de reproducteurs sauvages utilisés cette année pour la production des alevins nécessaires au "Programme national de soutien pour repeupler le Delta" financé par le Ministère de l'Agriculture et au "Programme de développement de l'aquaculture d'esturgeons en Roumanie."
Tous les esturgeons adultes capturés pour la reproduction ont été marqués par des micropuces PIT (transpondeur intégré passif) par l'Inspection de la Pisciculture locale et remis en liberté dans le Danube, après la reproduction. Leur migration dans le Danube sera suivie, pendant la période 2009 - 2011, à l'aide de techniques de télémétrie utilisant des émetteurs ultrasoniques et plusieurs stations de réception automatiques. Il est également prévu d'effectuer un ensemble de tests de biologie moléculaire pour évaluer la diversité génétique des esturgeons qui se reproduisent actuellement dans le Danube et les comparer avec ceux conservés dans la collection du Musée d'Histoire Naturelle "Grigore Antipa" de Bucarest.
La partie des recherches concernant le développement du potentiel touristique nécessitera l'utilisation, pour la première fois dans le Danube en Roumanie, d'une caméra hydo-acoustique DIDSON, qui permettra la visualisation des esturgeons en eau trouble sur une distance de 300 m. Celle-ci, combinée avec un marquage d'émetteurs ultrasoniques permettra un contact visuel avec les esturgeons des zones de cantonnement avant et après la reproduction et celles d'hibernation des esturgeons dans le fleuve. De cette manière, les touristes pourront même "adopter" un esturgeon marqué et recevoir des données de celui-ci.
Un abri pilote (expérimental) sera construit au bord du Danube à Isaccea, où les pêcheurs d'esturgeons rencontreront les groupes des touristes parcourant la route de Fetesti à Sfântu Gheorghe qui s'appellera le "Chemin du Caviar". Toujours à Isaccea, un bassin/aquarium spécial sera mis en place où les touristes pourront voir et toucher les esturgeons. Tout au long du "Chemin du Caviar" des pêcheurs d'esturgeon travaillerons comme guides - interprètes à six endroits prévus pour des rencontres avec les touristes.
Ce projet est le point de départ d'un projet lié au tourisme, impliquant des communautés de pêcheurs, qui sera proposé en 2011 pour un financement dans le cadre du Programme Opérationnel pour la Pêche, géré par le Ministère de l'Agriculture/ Agence Nationale pour la Pêche et l'Aquaculture.