Le professeur François Allaert n'est pas un universitaire comme les autres. En effet, il a créé une première entreprise, CEN Biotech, il y a une douzaine d'années, avant de renouveler l'expérience avec CEN Nutriment, inaugurée en février dernier. Enfin, après avoir lancé entre temps la chaire "Evaluation Médico-Marketing des Allégations de Santé" (EMMAS) au sein de l'Ecole Supérieure de Commerce de Dijon où il enseigne, il vient de co-fonder avec Patrice Binay, Bionetwork, une troisième entreprise dont l'objectif est de concevoir des formes galéniques sub-linguales très particulières, autrement dit des médicaments qui, une fois mis sous la langue, passent très rapidement dans la circulation sanguine. Un premier médicament pourrait être mis sur le marché au cours des deux ou trois prochaines années.
Le résultat de la rencontre d'un fondamentaliste et d'un clinicien
"Imaginez les progrès que va entraîner l'émergence de ces formes galéniques sub-linguales", déclare d'emblée François Allaert. Dans le domaine de la douleur pour commencer. En effet, là où aujourd'hui un médicament agit en 45 minutes dans le cas d'une migraine, 5 minutes suffiront. Cette forme de médicaments devrait également apporter un confort non négligeable à de nombreuses catégories de patients, notamment les patients cancéreux sous chimiothérapie qui souffrent de vomissements et pour lesquels l'absorption d'un médicament s'avère problématique. Il en est de même pour les patients âgés qui éprouvent des difficultés à avaler. Enfin, un certain nombre de traitements sont administrés aujourd'hui sous forme injectable du fait qu'ils sont détruits par le système enzymatique de la digestion. Des formes galéniques sub-linguales permettraient alors d'éviter ces injections et, par conséquent, de réaliser des économies.
Créée il y a près d'un an, Bionetwork est "le résultat de la rencontre d'un fondamentaliste et d'un clinicien, ce qui donne toujours des résultats originaux", souligne l'universitaire entrepreneur dijonnais. Pour l'heure, Bionetwork produit des formes galéniques traditionnelles mais selon des procédés relativement innovants, ce qui lui permet de financer ses recherches sur les formes galéniques sub-linguales. Après le dépôt d'un premier brevet par Patrice Binay et le dépôt d'un second en commun, les deux créateurs de cette jeune entreprise devraient entamer les premiers essais cliniques chez l'homme au cours des deux prochains mois. "Si ces essais s'avèrent concluants, nous pourrons alors envisager la mise sur le marché d'un premier médicament à l'horizon 2011-2012", s'enthousiasme-t-il. Evidemment, le nouveau procédé développé par Bionetwork qui permet à un médicament de traverser la paroi vasculaire et, par conséquent, d'agir très rapidement, peut être adapté à d'autres médicaments dont la rapidité d'action est primordiale. "Nous savons que ces médicaments agissent. Nous cherchons simplement à optimiser leur efficacité". précise-t-il.
Une entreprise qui dispose de tous les atouts
Bionetwork s'inscrit pleinement dans la démarche menée par le professeur François Allaert depuis plus d'une douzaine d'années. Les essais cliniques nécessaires à la mise sur le marché des médicaments développés par Bionetwork pourraient en effet être réalisés au sein de CEN Biotech, entreprise spécialisée dans le domaine de l'évaluation du médicament. Quant à Bionetwork, elle devrait servir également à la mise en forme de compléments alimentaires qui seraient alors testés au sein de CEN Nutriment, entreprise positionnée sur l'évaluation des nutriments et des alicaments mais aussi des produits alimentaires plus traditionnels. Dans un tel "environnement", la petite Bionetwork semble donc disposer de tous les atouts pour devenir très rapidement une grande, ou du moins une entreprise qui compte sur les marchés visés par ses co-fondateurs.