Un allemand sur sept développe au cours de sa vie des angoisses ou anxiétés pour lesquelles il doit suivre un traitement. Les médicaments contre l'anxiété (anxiolytiques) les plus couramment utilisés sont les benzodiazépines. Ils calment les patients et réduisent rapidement l'anxiété. Cependant, les effets secondaires comme la fatigue, la tolérance médicamenteuse et le sevrage, posent problème pour des traitements sur le long terme. Le Prof. Rupprecht et son groupe de recherche à l'Institut Max Planck de psychiatrie à Munich ont pour la première fois pu apporter la preuve qu'il était possible de développer des anxiolytiques grâce à un nouveau mécanisme à partir de neurostéroïdes [1], dérivés de l'hormone progestérone. Ces anxiolytiques ont présenté beaucoup moins d'effets secondaires lors des tests sur des animaux et lors des études cliniques. Les résultats sont publiés dans la revue Science en ligne du 18 juin 2009 [2].
Florian Holsboer et Rainer Rupprecht de l'Institut Max Planck de psychiatrie à Munich cherchent depuis des années comment les neurostéroïdes influencent la communication neuronale dans le cerveau, dans l'espoir d'identifier de nouveaux mécanismes d'action pour les antidépresseurs et les anxiolytiques. En collaboration avec la Clinique de psychiatrie et psychothérapie de l'Université Ludwig Maximilian à Munich et avec l'entreprise pharmaceutique Novartis à Bâle, ils ont analysé les effets d'un certain type de substance. Grâce à l'analyse de tissus cérébraux de souris, les chercheurs ont montré que la substance XBD173 stimule la synthèse de neurostéroïdes et freine ainsi la communication neuronale.
Sur le modèle animal, la substance XBD173 fait disparaître le comportement d'anxiété, sans que des effets sédatifs ne soient observés, comme c'est le cas pour les benzodiazépines. Les effets du XBD173 sur l'homme ont été analysés lors d'une étude clinique à laquelle 70 volontaires sains ont participé. Le fragment de neuropeptide [3] CCK-4 a été injecté aux volontaires afin de générer pendant 2 à 5 minutes une courte crise d'angoisse et de panique. En injectant la substance XBD173 aux volontaires, une telle angoisse n'a pu être générée. La benzodiazépine a aussi réduit le sentiment d'angoisse généré, cependant les volontaires ont également reporté, pour l'Alprazolam mais pas pour la substance XBD173, une fatigue due à la prise du médicament et des symptômes de sevrage à la fin du traitement.
Les chercheurs ont ainsi découvert un nouveau mécanisme pour le traitement de l'anxiété présentant moins d'effets secondaires que les benzodiazépines. De plus, un protocole a été défini spécifiant les conditions dans lesquelles les études sur des volontaires sains doivent être conduites. Le modèle expérimental d'angoisse induite chez des patients qui a été validé par cette étude facilitera à l'avenir le développement d'anxiolytiques en permettant de tester les substances dans les premières phases des études. Les résultats ne pouvant cependant pas être transférés directement aux cas de patients, ces tests ne remplaceront pas les tests obligatoires pour l'obtention d'autorisations de mise sur le marché.