Prenons 24 bébés de six mois, tous élevés à Barcelone dans un milieu monolingue, et donnons-leur à voir des visages prononçant des phonèmes anglais : ils vont percevoir ceux-ci de la même façon que les phonèmes de leur langue maternelle.
Prenons 24 bébés du même milieu mais de 11 mois. Cette fois-ci, les phonèmes étrangers ne seront pas perçus de la même manière : les bébés auront perdu la capacité de percevoir la correspondance auditive et visuelle des phonèmes anglais. Dit autrement, l'anglais est pour eux une langue qu'ils ne maîtrisent pas comme leur langue maternelle. Ils sont donc rentrés dans un processus de spécialisation cognitive, développant des performances en réaction aux stimuli quotidiens qu'ils identifient comme importants, perdant a contrario des capacités avec des stimuli plus anecdotiques qui ne leur sont pas utiles. C'est ce processus de "narrowing" ("rétrécissement") que révèle et décrit une étude qui vient de paraître dans PNAS [1], à l'initiative de trois chercheurs espagnols de Barcelone et un de l'Université Atlantique de Floride.
[1] Narrowing of intersensory speech perception in infancy ; Ferran Pons (1), David J. Lewkowicz (2) , Salvador Soto-Faraco (3) et Núria Sebastián-Gallés (3) ; PNAS 17 juin, doi: 10.1073/pnas.0904134106. (1) Departament de Psicologia Bàsica, Universitat de Barcelona ; (2) Department of Psychology, Florida Atlantic University ; (3) Departament de Tecnologies de la Informació i les Comunicacions, Universitat Pompeu Fabra, Barcelona.