Mars : de l'eau liquide en dessous de zéro ? C'est possible !
De nombreuses caractéristiques du paysage martien laissent à penser que des écoulements d'eau ont modelé le relief de la planète. Or, plusieurs évidences expérimentales suggèrent que la température de la surface en ces moments-là était largement inférieure à 0°C, la température de solidification de l'eau pure. Des chercheurs espagnols et des chercheurs de la NASA viennent de publier une lettre dans Nature, montrant qu'une eau riche en atomes de silicium, fer, soufre, magnésium, calcium, chlore, sodium, potassium et aluminium, était liquide à des températures largement négatives, allant jusqu'à -50°C [1]. Ces atomes introduits dans la modélisation de l'eau martienne n'ont pas été choisis au hasard mais correspondent à ceux dont la présence a été révélée par l'analyse des basaltes sondés en différents points de la planète par les missions Viking, Pathfinder, Opportunity et Spirit. Par ailleurs, la simulation des minéraux qui pourraient précipiter à partir d'une telle eau donne des résultats compatibles avec les minéraux que l'on trouve effectivement à la surface de Mars.
Vu depuis la Lune : il y a de la vie sur Terre !
Dans la course exaltante aux exo-planètes, 342 découvertes à ce jour, une question qui se pose est la suivante : quand des planètes similaires à la Terre par la taille, la masse et la distance à l'étoile, auront été découvertes, comment savoir si elles abritent la vie ou qu'au moins, les conditions pour que celle-ci s'y développe soient remplies ? Une idée astucieuse a été testée par Eduardo Martin et son équipe de l'IAC (Instituto de Astrofisica de Canarias), à l'Observatoire del Roque de los Muchachos (Tenerife) : voir si depuis la Lune, un "lunien" découvrant l'existence de Terre lors de son passage entre le Soleil et la Lune (situation d'éclipse), arriverait à détecter la présence de vie (sur le site de l'IAC à l'adresse donnée dans les sources, une vidéo présente une simulation d'éclipse). A partir du spectre en transmission de la lumière émise par la Terre dans le visible et l'infra-rouge, les chercheurs ont retrouvé la présence d'ozone, d'oxygène, d'eau, de CO2, de méthane, ainsi que d'azote. Ces évidences expérimentales, plus fortes que ne laissait prévoir la théorie, permettent d'être optimiste quant aux capacités à détecter la présence de marqueurs de vie sur de futures "Terres".
Au coeur de G31.41+0.31 : le magnétisme et le sablier
Les étoiles qu'il est convenu d'appeler massives (typiquement 200 plus massives que le Soleil, 100.000 fois plus lumineuses) ont un rôle clé dans la production des atomes lourds. Le processus par lequel elles se sont formées est encore sujet à débat. Des astrophysiciens espagnols et américains, sous la direction de Josep Maria Girart de l'ICE (Institut de Ciències de l'Espai) à Barcelone, ont montré que cette formation serait contrôlée par le champ magnétique. Pour cela, ils ont observé la région de l'espace dénommée G31.41+0.31 (constellation du serpent) dans laquelle des étoiles très massives sont en cours de formation au sein d'un nuage de poussières. Selon leurs observations réalisées grâce au radiotélescope de l'observatoire de Mauna Kea à Hawaï, le nuage de poussière prend une forme de sablier, signature d'une mise en forme par le champ magnétique. Pour les chercheurs, la force magnétique au sein du nuage serait ainsi plus forte que la force centrifuge et les turbulences, et permettrait à terme l'effondrement du nuage jusqu'à atteindre les densités de matière suffisantes pour que les processus de fusion nucléaire s'amorcent. Ce travail vient de faire l'objet d'un article dans la revue Science [3].
- [1] Stability against freezing of aqueous solutions on early Mars, Nature 459, 401-404 ; Alberto G. Fairén (1), Alfonso F. Davila (1), Luis Gago-Duport (2), Ricardo Amils (3, 4) et Christopher P. McKay (1). (1) Space Science and Astrobiology Division, NASA Ames Research Center, Moffett Field, California ; (2) Departamento de Geociencias Marinas, Universidad de Vigo, Lagoas Marcosende, Vigo ; (3) Centro de Astrobiologia, CSIC-INTA, Torrejón de Ardoz, Madrid ; (4) Centro de Biologia Molecular Severo Ochoa, CSIC-UAM, Cantoblanco, Madrid - [2] Earth's transmission spectrum from lunar eclipse observations Nature 459, 814-816 ; Enric Pallé (1), Maria Rosa Zapatero Osorio (2), Rafael Barrena (1), Pilar Montañés-Rodriguez (1) & Eduardo L. Martin (1, 2). (1) Instituto de Astrofisica de Canarias, Tenerife ; (2) Physics Department, University of Central Florida, Floride. - [3] Magnetic Fields in the Formation of Massive Stars, Science, Vol. 324. no. 5933, pp. 1408 - 1411 ; Josep M. Girart (1), Maria T. Beltrán (2), Qizhou Zhang (3), Ramprasad Rao (4), Robert Estalella (2). (1) Institut de Ciències de l'Espai [Consejo Superior de Investigaciones Cientificas (CSIC)-Institut d'Estudis de Catalunya (IEEC)], Campus Universitat Autònoma de Barcelona ; (2) Departament d'Astronomia i Meteorologia (IEEC-UB). Institut de Ciencies del Cosmos y Unitat Associada a CSIC, Universitat de Barcelona ; (3) Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, Cambridge, Etats-Unis ; (4) Academia Sinica, Institute of Astronomy and Astrophysics, Hilo, Etats-Unis.