La Base Corbel est née en 1963 dans le Kongsfjord (Baie du Roi) au Svalbard, sur la côte Ouest de l'archipel, sur une initiative de glaciologues français dans le cadre du Traité de 1920. La base, localisée à 5 kilomètres à l'Est du village scientifique de Ny-Alesund, a été confié par le CNRS à l'Institut Polaire. Dans le cadre d'une volonté d'augmenter les activités françaises en Arctique, ce dernier a proposé à la communauté scientifique de réhabiliter la Base en lui fournissant de l'énergie non polluante pour l'environnement, afin de permettre les études de chimie de la neige et des interactions air-neige dans les meilleures conditions.
Un workshop scientifique sur la Base Corbel s'est déroulé à Brest en Mai 2002. Ce groupe ainsi que le groupe de coordination scientifique de Ny-Alesund (NySMac) ont approuvé le projet "Corbel Base propre" présenté par l'IPEV. Des campagnes sur la pollution d'origine anthropique (SO2, Nox, particules) ont eu lieu sur le site depuis 2004 et ont validé sa qualité. En mars 2009, un premier article scientifique utilisant les données particulaires de Corbel a vu le jour. La Base se révèle être, compte tenu de sa qualité environnementale, un lieu possible pour compléter ou doubler certaines mesures déjà réalisées à Ny-Alesund par le Norsk Polar Institutt (Station Zeppelin et Sverdrup), et pour initier de nouvelles études (sea-salt interactions, DMS...). A l'heure actuelle, deux instruments de mesure de particules fines (l'un coréen, l'autre français) sont installés et assurent à eux deux un monitoring complet d'évènements particulaires sur le site. Une station météorologique mesure également en continu les paramètres physiques du site depuis 2004.
La base, composée de 4 bâtiments couvrant totalement une surface utile de 150 m2, est depuis le printemps 2008 en cours de restauration. La fin du projet est prévu pour le printemps 2010. L'accueil d'une première campagne scientifique sur la chimie de la neige pourra se réaliser dès le printemps 2011.
Le projet couvre cinq objectifs principaux :
1 - Lutter contre le vieillissement des bâtiments, tout en les préservant
Une structure bois encerclant les bâtiments est prévue pour cela, tenant compte de pente dans les pans de murs orientés Sud, qui supporteront des panneaux solaires voltaïques. A l'intérieur de ces "enveloppes", les bâtiments d'origine seront conservés tel quel, afin de témoigner des activités françaises passées dans le fjord. La notion d'intégration paysagère des bâtiments étant également un élément important dans le projet, l'aspect extérieur est pensé en respectant les traditions locales (type "hutte Svalbard").
2 - Fournir une énergie électrique propre et renouvelable
Sur les 4 bâtiments, la face Sud sera en partie couverte de 2 rangées de panneaux solaires, fournissant entre début mars et mi-septembre un volume énergétique d'environ 12 Kw. En hiver, 3 éoliennes prendront le relais des panneaux solaires, sur une base plus modeste en terme de fourniture d'énergie (5 kwc). Des études sont en cours pour utiliser les radiations lunaires comme source d'énergie en hiver. Un réseau de batteries couvrira les besoins minima lors de périodes non efficaces en terme de récupération d'énergie. Enfin, le bâtiment "vie" est étudié pour une récupération maximale du rayonnement solaire naturel, au travers de larges fenêtres et d'une isolation thermique renforcée.
3 - Minimiser l'impact sur l'environnement de la présence des occupants
La phase de réhabilitation comprend aussi une approche gestionnaire des rejets de la base dans son environnement. Ainsi, des équipements spécifiques sont intégrés (exemples : toilettes sèches, filtres à matières organiques...), notamment dans le bâtiment "vie". Sur le bâtiment "vie" sera aussi intégré un fondoir à neige/glace fonctionnant uniquement par l'apport calorique solaire.
4 - Assurer la qualité du site lors de campagnes scientifiques sur la chimie de la neige (printemps) et le confort de travail des équipes
La base sera munie d'un système de transmission de données et de contrôle des instruments de prélèvements à distance. Ainsi, depuis la Station Charles Rabot à Ny-Alesund, ou bien encore depuis leurs laboratoires en France, les équipes pourront avoir accès à leurs instruments et en contrôler les paramètres sans perturber les mesures. L'intérieur des bâtiments est pensé pour autoriser des prélèvements et installations d'équipement dans les meilleures conditions. Les équipes utilisant la base comme lieu de vie et d'hébergement (fin de printemps, été, automne) auront ainsi accès direct à leurs courriers électroniques notamment. La nature des matériaux utilisés pour la réhabilitation est pensée afin de ne pas libérer sur un moyen terme des éléments chimiques volatils pouvant perturber les mesures de chimie fine, dans et à l'extérieur des bâtiments. Les sources de pollution possibles sur les vieux bâtiments et inévitables dans la restauration sont identifiées et répertoriées.
5 - Logistique propre associée
Des solutions techniques sont recherchées pour accéder à la base en période de couverture neigeuse depuis Ny-Alesund, par des moyens non polluants, comme des scooters des neiges électriques.
Ce projet nécessite des échanges continus et réguliers entre l'IPEV, la Kingsbay (gestionnaire du village de Ny-Alesund) et le Gouverneur du Svalbard, qui délivre les autorisations aux différents niveaux des objectifs techniques listés.