Une nouvelle étude menée par le CICERO (Center for International Climate and Environmental Research), à Oslo, vient de montrer que la pollution de l'air, la poussière et les autres petites particules pouvant réfléchir la lumière du soleil vers l'espace ralentissent moins le phénomène de réchauffement de la planète que ce que l'on pensait jusqu'à présent.
Le rapport qui aide à comprendre comment fonctionne le changement climatique révèle en effet que les estimations scientifiques concernant le réfléchissement de la lumière par ces particules en suspension ont sous-estimé la rapide accumulation de suie noire également en suspension dans l'air et qui a pour effet inverse d'absorber la chaleur. "Les émissions de carbone noir, ou suie, ont augmenté très rapidement", déclare Gunnar Myhre, chercheur au CICERO, dans un article publié dans l'édition en ligne du Journal Science du 18 juin 2009. La suie provient de la combustion de la végétation (incendies de forêts pour nettoyer les terres agricoles de l'Amazone à l'Indonésie, par exemple) et de la combustion de combustibles fossiles.
D'après la présentation 2007 d'un panel de climatologues de l'ONU, les particules en suspension dans l'air (en tenant compte de la suie et d'autres petits facteurs) atténueraient la lumière du soleil d'environ 0,3 watts par mètre carré, soit moins de 0,5 watts. "Cela compense à peu près un dixième de l'effet produit par les gaz à effet de serre qui piègent la chaleur, principalement par combustion de combustibles fossiles, d'environ 2,7 watts par mètre carré", ajoute Gunnar Myhre. Les principales particules de nature humaine réfléchissant la lumière du soleil sont les sulfates émis par la combustion de combustibles fossiles dans les usines, les centrales électriques ou les voitures.
M. Myhre pense que des lois plus strictes contre la pollution pourraient permettre d'améliorer la qualité de l'air et ainsi accélérer le réchauffement. Réchauffement qui induira selon le comité de l'ONU plus d'inondations, de sécheresses, l'élévation du niveau des mers, des vagues de chaleur et l'extinction d'espèces animales et végétales. "Les effets directs des aérosols peuvent avoir contribué à un refroidissement au milieu du 20ème siècle et avoir masqué l'importance du réchauffement actuel de la planète", écrit-il. Des contrôles plus stricts des émissions d'aérosols pourraient potentiellement conduire "à une accélération du réchauffement dans le futur".
Plus de 190 gouvernements ont convenu d'élaborer un nouveau pacte de l'ONU pour lutter contre le réchauffement de la planète lors de la COP15 (conférence internationale sur les changements climatiques) à Copenhague en décembre 2009, notammment en réduisant l'utilisation des combustibles fossiles.
Gunnar Myhre affirme que son étude concilie les grandes différences entre les données satellitaires et les estimations basées sur des modèles informatiques. Les satellites, par exemple, n'étaient pas performants pour évaluer le gradient lumineux au-dessus de surfaces comme les déserts. Les nuages aussi bloquent la lumière du soleil. "Cela réduit la marge d'incertitude... concernant la dispersion de la lumière solaire", déclare Gunnar Myhre. Les aérosols de nature humaine s'ajoutent aux particules naturelles, y compris les poussières d'éruptions volcaniques, de sable du Sahara ou le sel de la mer, qui dominaient avant l'utilisation généralisée des combustibles fossiles à partir du 18ème siècle.