L'accumulation d'eau dans le cerveau, appelée oedème cérébral, est une conséquence courante et sérieuse de l'accident vasculaire cérébral (AVC). Quand le cerveau gonfle, la pression à l'intérieur du crâne augmente de telle façon que des parties du cerveau ne sont plus irriguées en sang. Sur 15.000 à 19.000 cas annuels, quelques 4.000 ne survivent pas. Dans de nombreux cas, c'est cet oedème qui est la cause directe du décès.
Les traitements de l'oedème du cerveau sont aujourd'hui quasiment les mêmes qu'il y a 80 ans : soit une solution saline est introduite dans le sang pour "absorber" l'eau du cerveau, soit on perce le crâne pour alléger la pression. Le Professeur Ole Petter Ottersen et le chargé de recherche Mahmood Amiry-Moghaddam du Centre de Biologie Moléculaire et des Neurosciences (CMBN) de l'Université d'Oslo, en coopération avec l'Institut de Pharmacologie, ont donc cherché à mettre au point un nouveau médicament au niveau moléculaire plus efficace, qui permettrait de diminuer l'accumulation d'eau dans le cerbeau après un AVC.
Quand le cerveau est endommagé, la répartition de l'eau entre les vaisseaux sanguins et le cerveau est modifiée : l'eau passe du sang au cerveau, et après quelques jours le processus s'inverse, l'eau quittant le cerveau. Malheureusement, ce renversement arrive souvent trop tard. Entre-temps le patient est soit décédé, soit handicapé à vie. L'accumulation d'eau dans le cerveau atteint généralement son pic deux ou trois jours après l'AVC, c'est cette "crête" que le Prof. Ottersen souhaite réduire. "Notre médicament inhibe les canaux aqueux quand l'eau se dirige vers le cerveau, mais ne les empêche pas d'évacuer l'eau du cerveau. Cela implique que le médicament ait une fonction d'inhibition seulement avant que la concentration d'eau n'atteigne son maximum. Il s'agit donc vraiment d'un exercice de précision", indique-t-il, espèrant que ce médicament pourra sauver de nombreuses vies et améliorer la vie des victimes d'AVC qui survivent.
Un certain nombre d'éléments du médicament sont synthétisés et en passe d'être brevetés avec le soutien de Birkeland Innovation de l'Université d'Oslo. "Le brevet va inclure également d'autres maux qui pourraient être traités par ce médicament : non seulement les AVC, mais aussi les méningites et les dommages au cerveau suite à des coups à la tête. En effet, dans tous ces cas il y a également accumulation d'eau dans le cerveau", précise-t-il.
Ole Petter Ottersen a obtenu à l'automne 2008 le prix Anders Jahre de Médecine pour ses recherches révolutionnaires dans le domaine des molécules-signaux et des canaux aqueux.
Apollon, magazine de recherche de l'Université d'Oslo, 2-2009
Rédacteur :
Stéphanie Fleur, Ambassade de France en Norvège - sfleur@france.no (avec la contribution d'Annick Le Gal, Centre Culturel et de Coopération Linguistique)
Origine :
BE Norvège numéro 88 (1/07/2009) - Ambassade de France en Norvège / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59764.htm