Plus grand et plus puissant fleuve au monde, l'Amazone, fait l'objet d'une attention particulière de plusieurs dizaines de chercheurs de 8 nationalités différentes réunis dans le cadre d'un Observatoire de Recherche en Environnement "HyBam" (Hydro-géodynamique actuelle du bassin amazonien) impulsé par l'IRD et labellisé depuis 2003 par le Ministère de la Recherche.
Depuis plus de 15 ans, brésiliens, boliviens, péruviens, équatoriens, colombiens, et vénézuéliens coordonnent leurs efforts sous la tutelle de l'Institut de Recherche et de Développement (IRD) pour connaître l'évolution du régime hydrologique de ce géant. L'ORE HYBAM a notamment permis de suivre sur l'ensemble du bassin de l'Amazone l'évolution de la dernière crue et de voir avec quelle vitesse et quelle amplitude elle s'est propagée dans le bassin.
La superficie du bassin amazonien situé au Pérou correspond à 76% de la surface du pays et 98% de ses ressources hydriques. Les deux principaux affluents andins de l'Amazone, l'Ucayali et le Marañón, se rejoignent à moins de 100 km d'Iquitos pour former le fleuve Amazone (Solimoes pour les brésiliens). A Iquitos, l'Amazone se place en débit moyen annuel (30.000 m3 par seconde) à la 4ième place des plus grands débits mondiaux devant le fleuve jaune.
L'observation et l'analyse des données des hauteurs d'eau et de débits par les équipes du SENAMHI, de l'Université Nationale Agraire de La Molina et de l'IRD ont permis de définir le régime hydrologique annuel assez stable de l'Amazone au Pérou. Avec des étiages en octobre et une période de crue de mars à juin pendant laquelle les débits peuvent culminer en mai à plus de 50.000 m3 par seconde, le régime hydrologique du fleuve au niveau d'Iquitos est fortement dépendant de la synchronisation des crues du Marañón et de l'Ucayali.
Généralement, le léger retard de quelques semaines des crues de l'Ucayali sur le Marañón évite une amplification des niveaux d'eau et des débits à l'aval. Mais on peut observer certaines années des hauteurs et des débits records lorsque les crues de ces deux affluents amont sont presque en phase. L'année 2009 est remarquable pour les débits exceptionnels du Marañón (les plus hauts enregistrés depuis 20 ans). Les débits sur l'Ucayali sont restés plus faibles que la moyenne enregistrée depuis dix ans, aussi les débits dans l'Amazone au Pérou sont restés relativement normaux (figures 1, 2 et 3).
Essentiellement contrôlées par la pluviométrie des piémonts andins, l'importance des crues amazoniennes au Pérou dépend principalement des circulations atmosphériques qui amènent l'humidité de l'océan Atlantique jusqu'au front Est de la chaîne andine. La température de surface de l'océan Atlantique joue un rôle clé dans la distribution des pluies au sein du bassin amazonien, notamment sur le front andin où l'on observe les plus forts taux de précipitation (6.000 mm/an). Etant donné leur persistance, les conditions océaniques peuvent devenir des critères de prédiction saisonniers efficaces. Les chercheurs du projet HyBam espèrent ainsi pouvoir modéliser à terme la dynamique des crues amazoniennes au Pérou.
La compréhension des mécanismes et des conditions de transfert des ondes de crues de l'Amazonie nécessite cependant la poursuite des efforts d'observations et des partenariats entre les instituts scientifiques engagés depuis plusieurs années.
- J. C. Espinoza Villar, 2009: "Impact de la variabilité climatique sur l'hydrologie du bassin amazonien", Thèse de l'Université de Toulouse, 200 pp. - G. Cochonneau, 2006:" L'observatoire de Recherche en Environnement, ORE HYBAM sur les grands fleuves amazoniens", Climate Variability and Change - Hydrological Impacts, IAHS Publ. 308, 2006.
Rédacteur :
L'Institut de Recherche pur le Développement - Pérou
Origine :
BE Pérou numéro 4 (13/07/2009) - Ambassade de France au Pérou / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59944.htm