Depuis l'arrêt récent de la centrale nucléaire de Krümmel près d'Hambourg, les partis politiques et l'exploitant Vattenfall de la centrale se déchirent en ce qui concerne sa mise à l'arrêt définitive. En particulier, les Verts et le SPD souhaitent que Krümmel sorte définitivement du réseau électrique, en reportant sur d'autres centrales nucléaires l'électricité qu'il lui restait à produire d'après la loi sur l'énergie atomique (Atomgesetz [1]) d'ici à sa fermeture officiellement programmée en 2016. Au contraire, le Ministre-président de Bade-Wurtemberg, Günther Oettinger (CDU), souhaite conserver Krümmel comme centrale nucléaire d'avenir.
La centrale nucléaire avait été arrêtée pendant presque 2 ans, suite à un incendie de transformateur en juin 2007. Seulement deux semaines après sa remise en activité, un court-circuit dans un transformateur survenu le 4 juillet 2009 a déclenché un arrêt d'urgence du réacteur. Vattenfall s'est trouvé sous un feu de critiques : il lui est en particulier reproché de n'avoir pas directement prévenu les autorités de contrôle nucléaire, qui ont reçu l'information de la police. Par ailleurs, la mise en place de l'installation de surveillance pour le transformateur, que Vattenfall avait garantie à l'autorité de contrôle nucléaire, n'aurait apparemment pas été effectuée.
Même l'exploitant ne sait pas exactement ce qui se passe actuellement dans le réacteur nucléaire arrêté de Krümmel. En effet, la cuve pressurisée du réacteur de 20 mètres de haut n'est pas encore accessible depuis l'arrêt d'urgence. Lors de l'incident survenu le 4 juillet 2009, les barres de contrôle se sont abattues entre les éléments combustibles, ce qui a stoppé la réaction nucléaire en chaîne. Cependant une incandescence résiduelle est inévitable dans chaque réacteur. Ainsi il n'est pour le moment pas évident de connaître ni l'existence ni le nombre de crayons combustibles [2] potentiellement abîmés à l'intérieur de la cuve pressurisée remplie d'eau.
Parmi environ 80.000 crayons combustibles, "certains" pourraient être défectueux, selon Vattenfall. Les crayons combustibles, longs de plus de 4 mètres et larges d'un centimètre au plus, contiennent de l'uranium qui sert de combustible dans le réacteur. Jusqu'à une centaine de ces tubes sont rassemblés en un élément de combustible, autour duquel circule l'eau de refroidissement. Le contenu radioactif des crayons combustibles ne doit jamais être mis en contact avec l'eau de refroidissement dans un réacteur nucléaire, d'autant plus dans un réacteur à eau bouillante [3], qui ne possède qu'un seul circuit d'eau alimentaire et de vapeur produite après évaporation dans la cuve ; en cas de fuite, le matériau radioactif irait alors directement dans la turbine et le bâtiment des machines.
C'est ce qui se serait apparemment passé à Krümmel. Selon les estimations d'experts nucléaires, les exploitants de la centrale responsables de l'arrêt d'urgence du réacteur auraient remarqué un pic d'iode dans l'eau de refroidissement. Or l'iode-131 radioactif est le premier déchet produit par la séparation du noyau que les appareils de mesure détectent en cas de fuite. Les experts ne se montrent pas très surpris des défectuosités des crayons combustibles de Krümmel. "Cela peut se produire lors d'un arrêt d'urgence d'un réacteur", selon Florian Emrich de l'Office fédéral pour la radioprotection et la sûreté nucléaire (BfS - Bundesamt für Strahlenschutz). "En effet, la pression dans le réacteur change très vite". Pour les assemblages combustibles et les crayons combustibles, cela implique de grosses pressions mécaniques. "Mais les crayons combustibles ne peuvent perdre leur étanchéité que s'il y a un dommage préalable", complète Stephan Kurth de l'Institut Ecologique de Darmstadt.
L'exploitant Vattenfall ne peut pas prétexter que les crayons combustibles ont été abîmés lors de l'arrêt d'urgence du réacteur. En effet, lors de sa première déclaration publique, l'entreprise a affirmé que les dommages subis par les crayons n'avaient rien à voir avec l'arrêt d'urgence. De plus, des dommages semblables ont déjà eu lieu à Krümmel dans le passé. Après l'incendie du transformateur qui a eu lieu en juin 2007, trois éléments combustibles endommagés ont été trouvés. Trois mois auparavant, les autorités de contrôle avaient ordonné l'arrêt du réacteur, afin de pouvoir échanger un élément combustible défectueux. En 2001, de même, lors d'un déchargement, des assemblages combustibles se sont accrochés et ont ainsi été endommagés. Des dommages de la sorte n'empêchent pas les centrales nucléaires de continuer à fonctionner, tant que la contamination de l'eau de refroidissement ne dépasse pas la valeur seuil. La maîtrise de tels dysfonctionnements appartient au catalogue de performance arrêté par les exploitants du réacteur. Vattenfall ouvrira ainsi la chambre de compression le 17 juillet 2009 pour contrôler 67.000 crayons combustibles et chercher d'éventuels crayons défectueux.
Les contrôles et échanges de crayons combustibles coûtent cher à Vattenfall et Eon, partenaire qui possède 50% de l'installation. Chaque mois pendant lequel Krümmel n'est pas relié au réseau coûte environ 10 millions d'euros aux partenaires. En effet, les entreprises doivent notamment dans ce contexte acheter de l'électricité à prix fort à d'autres exploitants, pour remplir leurs obligations de fourniture d'électricité.
- [1] Informations sur la loi Atomgesetz : "Augmentation de la production d'électricité des centrales nucléaires allemandes", BE Allemagne 421 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/57481.htm - 02/02/2009 - [2] Le combustible se présente sous la forme de pastilles empilées et maintenues dans des gaines en alliage de zirconium qu'on appelle crayon - [3] Informations supplémentaires sur les réacteurs à eau bouillante - Article de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_%C3%A0_eau_bouillante