Une équipe internationale de chercheurs a révélé début septembre un mécanisme de mutation du vibrio cholerae, la bactérie causale du cholera. Pour ce projet, le Prof. CHUN Jong-Sik, un expert en microbiologie de la Seoul National University, et le Prof. KIM Dong-Wook de l'International Vaccine Institute se sont joints à des chercheurs de l'University of Maryland et à des experts indiens, dans une collaboration jusqu'alors rare dans le domaine de la recherche en microbiologie.
Dans leur étude publiée dans la revue scientifique Proceedings of National Academy of Sciences (PNAS), les scientifiques ont regroupé et analysé les données sur le choléra dans le monde depuis 1910 et ont analysé la phylogénie des sous-types de bactéries responsables des différentes pandémies. Leur étude conclue sur la coexistence de 12 embranchements génétiques de vibrio cholerae, dont certains regroupent plusieurs sérotypes. D'après l'étude, le passage d'une pandémie à une autre correspondrait à un "saut" d'un embranchement à un autre, mais en restant dans le même sérotype. Ainsi, le passage de la 6e pandémie (entre 1899 et 1923) à la la 7e épidémie (depuis 1965) est visible au niveau génétique (deux embranchements différents) mais se fait au sein du sérotype O1. Inversement, dans la dernière pandémie, la transition d'un clone à un autre au sein d'un épisode pandémique s'est faite par transfert génétique horizontal d'un clone à l'autre. Ainsi l'épisode épidémique récent en Afrique du Sud, aurait été causée par une souche hybride entre les biotypes "O1 classiques" et "O1El Tor". L'étude met également en avant l'implication de bactériophages (des virus infectant les bactéries) dans ce mécanisme de transfert génétique horizontal (d'un clone à l'autre, sans lien de parenté).
L'étude conclue que puisque Vibrio cholerae subissait des réarrangements génétiques importants par transfert entre clones génétiquement éloignés, c'était le génotype et non le sérotype qui devait être utilisé dans la définition des souches pathogènes de Vibrio cholerae. "En révélant le mécanisme de l'évolution de la maladie et en fournissant ce type de données utiles aux diagnostiques et au développement de vaccins, nous pensons contribuer à l'amélioration des efforts de prévention contre le choléra. Cette maladie mortelle tuant près de 120.000 personnes par an est difficile à contrôler, en particulier à cause de toutes ces mutations. Des avancées fondamentales sont toujours précieuses" indiquent les chercheurs.