Dans son livre "Le portrait de Dorian Gray", Oscar Wilde utilise près de 4.000 fois l'article "the" dans la version originale alors que le nom "responsabilities" n'apparaît pratiquement pas. Un graphique reportant de façon systématique la longueur des mots de ce livre en fonction de leur fréquence d'utilisation montre une décroissance forte de type exponentielle. Cette analyse n'est qu'une preuve de plus d'une caractéristique connue du langage humain : les mots ont tendance à être d'autant plus courts qu'ils sont fréquemment utilisés.
L'analyse du livre d'Oscar Wilde a été effectuée par deux chercheurs espagnols et canadiens qui étudient le langage des... dauphins ! Ils voulaient ainsi illustrer leur publication [1] par un cas précis de cette caractéristique du langage humain qu'ils ont retrouvée chez ce mammifère marin, pour être précis chez le dauphin "nez de bouteille" de Nouvelle-Zélande. Et en l'occurrence, il ne s'agit pas du langage sonore sous-marin fait de "clicks" hautes fréquences mais du langage corporel que le dauphin utilise lorsqu'il nage à la surface de l'eau. Ce langage avait déjà été découvert et décodé dans un travail précédent de l'un des deux auteurs. Pas moins de 31 "mots" (31 figures effectuées par le dauphin) avaient été ainsi identifiés, chacun composé de "phonèmes" (des mouvements élémentaires) enchaînés, quatre au maximum. En faisant la même analyse statistique que pour le livre qu'ils avaient choisi, les deux scientifiques mettent en évidence une dépendance longueur / fréquence tout à fait analogue : les figures les plus simples sont celles qui reviennent le plus souvent. Pour eux, c'est la première fois qu'une telle caractéristique a été mise en évidence chez l'animal.