Comment empêcher que la satisfaction individuelle ne sombre à cause de la baisse du nombre de possibilités de consommation ? C'est la question que s'est posée le Dr. Astrid Matthey de l'Institut Max-Plank d'économie [1] à Jena, en l'appliquant à la discussion environnementale actuelle. Son bilan : plus la société met l'accent sur la consommation matérielle, plus la satisfaction diminue en cas d'une réduction de la consommation, et plus le soutien aux mesures de lutte contre le changement climatique diminue au sein de la population.
Les chercheurs et hommes politiques discutent de stratégies à suivre pour permettre une utilisation durable des ressources disponibles en quantité limitée. L'idée que la consommation des ressources, notamment énergétiques, doit diminuer dans les pays occidentaux est largement acceptée. Dans ce cadre, la réduction de la consommation joue un rôle essentiel - réduction susceptible de faire obstacle à la satisfaction des particuliers. Astrid Matthey a examiné, dans le cadre d'expérimentations de laboratoire, des facteurs d'influence possibles sur le bien-être individuel. Les deux concepts centraux sont les "aspirations" et l'"amorçage".
Les aspirations sont basées sur de vagues informations concernant des succès possibles ou des acquisitions futures. Elles constituent un ensemble de points de référence auxquels l'être se rapporte. En général l'homme est satisfait quand le résultat effectif atteint le niveau du point de référence. Si le résultat atteint y est inférieur, l'insatisfaction se créée. Dans son expérience (une loterie avec diverses possibilités élevées de gain), Astrid Matthey démontre que les gens possédant des aspirations initialement plus élevées éprouvent en cas de non atteinte de leur objectif des sentiments de perte plus importants que les autres. "Plus les aspirations concernant des possibilités de consommation futures sont élevées, plus les gens souffrent quand ils ne les réalisent pas", constate Astrid Matthey. "Cela demande avant tout du temps pour renoncer à ces hautes aspirations, même lorsqu'on se rend compte qu'elles ne se réaliseront pas. Nous sommes accrochés à nos rêves de maison ou de voiture depuis longtemps. C'est la raison pour laquelle les aspirations élevées peuvent endommager notre satisfaction durablement."
Mais comment les aspirations ou points de référence sont ils créés ou influencés? C'est ici que l'idée d'amorçage prend une importance particulière. Il s'agit d'un concept présupposant que des associations possibles peuvent être activées chez l'homme, sans qu'il en soit conscient. Dans une autre expérience, Astrid Matthey a démontré que les personnes chez lesquelles des acquis plutôt matériels sont activés se comportent différemment que les personnes testées chez lesquelles des acquis plutôt sociaux sont activés. L'amorçage matériel a conduit à des attentes plus élevées de succès économique, et ainsi à des points de référence plus élevés, par rapport auxquels les personnes testées évaluent leur succès.
Ces résultats peuvent aussi être projetés sur le quotidien. "Plus l'importance accordée à la consommation dans notre société est élevée, plus nous la convoitons - et plus nous y renonçons difficilement", résume Astrid Matthey, avant de poursuivre : "Il serait judicieux pour notre société de donner par exemple plus de valeur aux relations sociales et autres activités semblables qui dépendent moins fortement de la consommation." Cela s'applique particulièrement en ces temps de crise économique, où de nombreuses personnes sont confrontées de toute façon à des difficultés économiques. "En outre, le soutien aux mesures pour une utilisation durable des ressources pourrait ainsi être renforcé", explique Mme Matthey.
Cette étude s'insère dans le cadre d'une réflexion plus globale sur la consommation - notamment énergétique - et la croissance : comment concilier les réductions d'émissions avec la participation et l'acceptation de la majorité des citoyens ? Les pratiques de consommation peuvent-elles influer sur les modèles économiques ? Peut-on envisager une décroissance énergétique (par exemple grâce à une économie moins matérielle) ou faut-il viser une décroissance tout court ? Comment encourager des biens plus durables ?