Une équipe internationale de paléontologiste a découvert une nouvelle espèce de mammifère vivant il y a 123 millions d'années dans l'actuelle province du Liaoning. Le Maotherium Asiaticus a été découvert dans les couches riches en fossiles de la formation de Yixian. Ce fossile remarquablement conservé offre une perspective intéressante sur l'évolution de l'oreille moyenne chez les mammifères, peut on lire dans le dernier numéro de la revue Science.
Les découvertes de ces mammifères fournissent aux biologistes de l'évolution et aux paléontologues des preuves des mécanismes de développement ayant influencé l'évolution des premiers mammifères. Cette découverte met également en lumière comment des structures complexes peuvent surgir dans l'évolution, en raison de changements dans les voies du développement.
"Ce qui est le plus surprenant, et donc scientifiquement intéressant, est l'oreille de cet animal" explique le docteur Zhexi Luo, conservateur en paléontologie des vertébrés et directeur adjoint Musée d'Histoire naturelle de Carnegie. "Les mammifères ont une ouïe très sensible, bien meilleure que celle de tout autre vertébré, et l'audition est très importante pour les mammifères. L'évolution de l'oreille chez les mammifères est primordiale pour comprendre les origines de leurs adaptations principales.".
Grâce à la structure complexe de l'oreille moyenne, les mammifères (humains compris) ont une ouïe plus sensible et peuvent discerner une gamme de sons plus étendue que les autres vertébrés. Cette sensibilité de l'ouïe fut une adaptation cruciale, permettant aux mammifères d'être actifs dans l'obscurité de la nuit, et de survivre durant le Mésozoïque, dominé par les dinosaures.
L'adaptation de l'ouïe chez les mammifères a été rendue possible par la chaîne ossiculaire de l'oreille moyenne constituée du marteau, de l'enclume et de l'étrier, ainsi que de l'anneau osseux pour la membrane du tympan. Ces os de l'oreille moyenne ont évolué depuis la mâchoire de leurs ancêtres reptiliens. Les paléontologues ont pendant longtemps essayé de comprendre les voies suivies par l'évolution grâce auxquelles ces os se sont séparés de la mâchoire et ont migré dans l'oreille moyenne des vertébrés modernes.
Pour les biologistes de l'évolution, une compréhension de l'évolution de l'oreille chez les mammifères, montrera comment une structure nouvelle et complexe se transforme au cours de l'évolution. D'après les scientifiques chinois et américains ayant étudié ce mammifère, les os de l'oreille moyenne du Maotherium sont en partie similaires à ceux des mammifères actuels, avec toutefois une connexion inhabituelle avec la mâchoire inférieure. Cette connexion de l'oreille moyenne, appelée cartilage de Meckel, ressemble à l'oreille moyenne primitive des ancêtres pré-mammifères.
Grâce à la conservation en trois dimensions du Maotherium Asiaticus, les paléontologistes ont pu reconstituer la relation entre l'oreille moyenne et la mâchoire. Elle peut être une caractéristique nouvelle d'une évolution. Elle peut également être interprétée en tant qu' "inversion secondaire à la condition ancestrale", signifiant que l'adaptation a été causée par des changements dans le développement.
La biologie moderne du développement a montré que les gènes du développement ainsi que leurs réseaux, peuvent déclencher le développement de structures rares dans l'oreille moyenne, comme la "réapparition" du cartilage de Meckel chez les souris modernes. La morphologie de l'oreille moyenne chez le Maotherium du Crétacé (de 145 à 65 millions d'années avant) est très semblable à celle de souris aux gènes mutants. L'équipe scientifique étudiant les fossiles suggère que la structure inhabituelle de l'oreille moyenne est la manifestation de la mutation des gènes du développement à l'ère du Mésozoïque.
Le Maotherium Asiaticus est un symmétrodonte, ce qui signifie que les cuspides (sommet des dents) spécialisées, sont arrangées de manière symétriques pour s'alimenter d'insectes et de vers. Il vivait sur terre, mesurait 15cm de long et pesait environ 70 à 80 grammes. Grâce à l'étude de ce fossile extrêmement bien conservé, les chercheurs pensent désormais que le Maotherium est plus proche des marsupiaux et placentaires, que des monotrèmes (mammifères primitifs d'Australie et Nouvelle-Guinée) comme l'ornithorynque.