Les spores fossiles de champignons trouvées dans la tourbe du Burren permettent d'expliquer comment l'activité humaine a transformé cette région au cours d'une histoire particulièrement complexe.
Aujourd'hui le paysage du Burren, au nord du comté de Clare dans l'ouest de l'Irlande, est austère, avec des calcaires nus karstifiés par des canaux où poussent des espèces arctiques et alpines telles que la dryade, le raisin d'ours, l'empetrum, et la gentiana. Ce paysage accidenté a été, auparavant, couvert de pins et de noisetiers avant d'être déboisé par l'activité agricole humaine pour former des pâturages, au cours des dernières 3.500 années. Cette information est le résultat des travaux d'une équipe de recherche de Galway à l'ouest de l'Irlande, qui a étudié des spores de champignons se développant sur les excréments des vaches et des moutons.
La présence de spores et de pollen d'arbres dans les échantillons de tourbes prélevés en divers points du nord du comté de Clare, a aidé à expliquer l'état actuel de ce paysage. L'équipe de recherche de Galway a étudié les spores de champignons coprophiles. Ces spores recouvertes de plus d'un demi-mètre de tourbe apportent une preuve certaine que des bovins et des ovins paissaient dans cette zone. Elles constituent un marqueur sûr des pâturages, parce que ces champignons ne poussent que sur les excréments, mais aussi parce que leurs spores restent proches du sol et ne sont pas disséminées au loin. Le pollen, également emprisonné dans la tourbe, a permis d'identifier les plantes recouvrant le sol et a confirmé l'activité agricole. Les données recueillies s'étendent sur 3.500 années, la tourbe étant un excellent indicateur de temps grâce à la datation par le carbone 14. Les chercheurs ont donc pu étudier l'activité agricole du Burren depuis le milieu de l'âge de bronze.
L'hypothèse qui a pendant longtemps prévalu est que le terrain avait été dépouillé par les glaciers, laissant ensuite des plantes arctiques et alpines s'acclimater. Mais les enregistrements fossiles montrent que ce sont des pins et des noisetiers qui ont recouvert la région après la disparition des glaciers, il y a 12.000 ans, créant un environnement dans lequel les plantes alpines ont pu survivre comme en Scandinavie. Les forêts de pins ont persisté jusqu'il y a 2.500 ans, quand l'activité agricole a provoqué la déforestation. La région n'a donc pas seulement été affectée par un changement climatique, mais également par l'impact humain.
La datation par le carbone 14 de charbon de bois, retrouvé dans les fissures du calcaire, suggère que l'agriculture du Néolithique et de l'Age de Bronze a déclenché le processus d'érosion des sols qui s'est poursuivi jusqu'au 14ème siècle.