Présents lors de la dernière édition du Salon de l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget en juin dernier, Spas Balinov et Stanislaw Ostoja, les créateurs de Novanano, avaient alors présenté le FlyMate. Développé en partenariat avec le CNES, l'INSA de Lyon et différentes entreprises lyonnaises, ce dispositif permet d'éjecter des picosatellites, dont les dimensions sont de l'ordre de 10 cm pour un poids d'environ 1 kg, et de les déployer dans l'espace. Pour ces deux ingénieurs diplômés de l'INSA de Lyon qui viennent de créer officiellement leur entreprise, il s'agit désormais de faire voler cette "boîte à lancer" afin de la certifier dans l'espace et de pouvoir disposer à terme d'un outil opérationnel. Parallèlement, ces deux jeunes entrepreneurs envisagent de développer une plate-forme picosatellitaire pour un marché émergent, qui compte déjà une trentaine de satellites en orbite, et intéresse de plus en plus les industriels et les militaires, avec un objectif, à beaucoup plus long terme, le développement des vols en formation.
FlyMate, une interface unique en attente de vol
Spas Balinov est bulgare, Stanislaw Ostoja Starzewski est polonais. Tous les deux se sont connus à l'INSA de Lyon où ils sont venus poursuivre leurs études supérieures. Passionnés d'espace, ils sont membres d'un club de fusées grâce auquel ils ont pu développer différents projets et être lauréats de quelques-uns des prix les plus prestigieux en France dans ce domaine décernés par le CNES et le GIFAS. "La fréquentation du secteur spatial, notamment à travers des conférences, nous a permis de voir émerger un nouveau concept, celui de picosatellite qui, grâce au développement du standard CubSat, a permis son essor au cours de ces dernières années", résument les créateurs de la start-up Novanano, installée au sein de Créalys, l'incubateur technologique Rhône-Alpes Ouest. Rappelons que le CubeSat, qui a vu le jour au début des années 2000, est un picosatellite cubique de 10 centimètres de côté, pesant tout juste un kg et offrant un volume utile d'un litre. Cela dit, pour lancer ces picosatellites, il faut disposer non seulement d'un lanceur mais aussi d'une interface mécanique qui permette de les placer en orbite. C'est pourquoi Novanano s'est lancée dans le développement de FlyMate, une interface capable de porter trois picosatellites au format CubeSat, et de les placer en orbite.
Novatrice, cette solution a été développée avec l'appui du CNES, qui a financé l'étude de faisabilité mais également offert ses installations toulousaines pour la réalisation des tests thermiques, de l'INSA de Lyon, où on été réalisés les tests vibratoires, et d'entreprises locales. D'ores et déjà, le FlyMate se positionne évidemment comme le concurrent des solutions techniques actuelles, certes robustes mais n'offrant pas les fonctionnalités que propose Novanano. "FlyMate est aujourd'hui la seule interface au monde capable d'injecter sur leur orbite séparément chacun des trois picosatellites, à la vitesse souhaitée, ce qui constitue une première étape vers le développement des vols en formation", explique Spas Balinov. A présent, il reste à trouver une opportunité de vol à bord d'un lanceur pour le FlyMate, ce qui n'est pas une mince affaire. L'objectif des créateurs de Novanano est de trouver un lancement dans le courant du premier semestre 2010. Pour l'heure, si leur choix semble s'orienter vers les russes, ils n'ont pas pour autant abandonné la piste indienne. "Vega, le petit-dernier de la famille des lanceurs européens, nous intéresse aussi, c'est certain. Mais il n'est pas encore prêt. Néanmoins nous sommes toujours en train de négocier pour obtenir une éventuelle place sur le deuxième vol de qualification de ce lanceur".
Une plate-forme picosatellitaire qui augure toute une gamme d'applications
En attendant d'avoir certifier le FlyMate et de disposer d'une version opérationnelle pour répondre à quelques-uns des 80 projets de picosatellites actuellement en développement dans le monde, Spas et Stanislaw réfléchissent déjà à la suite de l'aventure dans laquelle ils se sont lancés. Celle-ci passe par la conception d'une plate-forme picosatellitaire disposant de toutes les fonctionnalités nécessaires afin de pouvoir y installer une charge utile. "Des plates-formes existent aujourd'hui, mais ne sont pas dotées d'un système de contrôle d'attitude. D'où des picosatellites qui ne sont pas stabilisés ou alors uniquement autour d'un axe ce qui réduit énormément leurs performances", soulignent-ils. Aussi Novanano envisage-t-elle de développer son propre système de contrôle d'attitude. Un financement, accordé par la région Rhône-Alpes, va permettre le développement d'une maquette de cette plate-forme au sein d'un laboratoire lyonnais, le Laboratoire Ampère (CNRS/INSA de Lyon), avec l'appui d'un ingénieur et d'un post-doctorant. Concernant le développement du système électrique de l'ordinateur de bord de cette plate-forme, une étude de faisabilité, financée en partie par le programme CAP'TRONIC de l'association JESSICA, est en cours. "Pour le système de télécommunications, nous allons solliciter des aides financières auprès de différents organismes. Aujourd'hui, sur ce type de satellite, le débit est d'environ 10 k/bits par seconde, alors que notre objectif est de disposer de 1,5 à 2 Mbits par seconde, ce qui permet alors d'envisager toute une nouvelle gamme d'applications pour ces picosatellites", s'enthousiasme Spas Balinov.