Le changement de gouvernement remet sur le devant de la scène la question du nucléaire [1] : la nouvelle coalition "noir-jaune" (CDU/CSU-FDP) souhaite notamment rallonger les durées de vie des centrales nucléaires allemandes au-delà des 32 ans prévus par la Grande Coalition dans le cadre de la loi de l'énergie nucléaire (Atomgesetz). Cependant un personnel qualifié sera nécessaire, aussi bien pour le fonctionnement que pour la mise à l'arrêt définitif et le démantèlement des centrales. Les spécialistes du nucléaire manquent déjà - et la situation pourrait encore s'aggraver dans les années à venir.
Selon l'expert nucléaire Michael Sailer de l'institut économique de Darmstadt, "de nombreux collaborateurs dans les autorités publiques et dans l'industrie sont âgés de 50 à 60 ans. Dans les 10 années à venir, ils partiront à la retraite, et il reste donc peu de temps pour former la génération suivante". Les estimations du manque de personnel spécialisé comptent entre quelques centaines et 1.000 collaborateurs. Les constructeurs de machines, mécaniciens, physiciens, techniciens électroniques ou de procédés, chimistes peuvent se qualifier pour le secteur du nucléaire avec une formation professionnelle.
Les universités constatent également un manque de relève. Très peu d'étudiants sont inscrits dans les cycles d'étude de Bachelor et Master en technique nucléaire, même si les conférences attirent de nombreux étudiants de disciplines voisines. "L'industrie recherche des constructeurs de machines, techniciens de procédés, physiciens ou chimistes techniques possédant un savoir fondamental solide dans leur domaine et une spécialisation en énergie nucléaire en option principale", affirme Joachim Knebel, chef du programme "recherche en matière de sécurité nucléaire" de l'Institut technologique de Karlsruhe (KIT). Dans de nombreuses universités, les conférences sont effectuées en anglais dans une optique internationale. En effet, l'intérêt mondial envers les experts allemands formés en techniques de centrales est très élevé. Le groupe énergétique Areva recrute chaque année 1.000 ingénieurs en Allemagne, sur environ 10.000 à l'échelle mondiale. Pour former du personnel, il finance l'école professionnelle nucléaire d'Areva (Areva Nuclear Professional School, [2]) au KIT dans l'objectif d'un perfectionnement professionnel de jeunes ingénieurs et scientifiques dans tous les domaines de technique nucléaire. A la TU de Munich, le constructeur de centrales E.ON contribue au financement des chaires et recrute souvent directement à la sortie de l'université. Michael Sailer de l'Institut économique approuve la collaboration de l'université avec l'industrie. "Je trouve cela normal que l'industrie, en tant que responsable du problème, s'implique dans la formation de personnes compétentes". Il doit cependant s'assurer qu'une influence unilatérale ne soit pas exercée sur le contenu de l'enseignement.
Le Forum atomique allemand (Deutsche Atomforum) et le Cercle d'informations en énergie nucléaire (Informationskreis Kernenergie) organisent des colloques annuels sous le titre "l'énergie nucléaire a de l'avenir" pour donner des perspectives d'emploi aux étudiants intéressés par des matières spécialisées. Un cycle d'études master en techniques nucléaires est proposé à l'université d'Aix-la-Chapelle sous le titre "applications nucléaires". L'Université technique de Munich et l'Institut de stockage définitif (IELF) de l'Université technique de Clausthal forment des étudiants en technique nucléaire. La Société de sécurité d'installations et réacteurs nucléaires (GRS) propose un programme d'entraînement d'un an pour les ingénieurs et physiciens, qui débutera le 1er janvier 2010 [3].