La pyriculariose ("wheat blast" en anglais et "brusone do trigo" en portugais) est une maladie apparue de façon relativement récente chez le blé, mais dont l'impact économique est déjà conséquent. Les dommages causés par la pyriculariose peuvent compromettre jusque 60% de la production de blé. Elle a été décrite pour la première fois au milieu des années 80, dans le nord de l'Etat brésilien du Paraná, et s'est rapidement disséminée dans d'autres régions agricoles du Brésil.
La maladie est de plus grande importance dans les zones non traditionnelles de culture du blé, où les conditions d'humidité et de hautes températures favorisent son apparition. Quant au facteur de l'époque à laquelle le blé est semé, on constate qu'un semis précoce donnera un risque plus important d'apparition de la pyriculariose. Il n'existe pas à ce jour de variété de blé résistante au pathogène et les fongicides présents sur le marché n'offrent pas une efficacité satisfaisante.
Cette pathologie du blé est causée par le champignon Pyricularia grisea (Cooke) Sacc. (synonyme Pyricularia oryzae Cavara), téléomorphe Magnaporthe grisea (Hebert) Barr., un pathogène qui infecte plus de 50 espèces de graminées comme le riz, le maïs, l'avoine, l'orge. Cependant, on sait que le pathogène de la pyriculariose du blé est différent de celui qui cause la pyriculariose du riz, une maladie du riz détectée en 1600 en Chine et bien connue des phytopathologistes du monde entier.
Chez le blé, M. grisea peut attaquer toutes les parties de la plante, incluant les feuilles, la tige et l'épi. Les dommages occasionnés par la pyriculariose sur la production des grains de blé dépendent du moment auquel aura été infecté l'épi et du point d'entrée du champignon. L'épi peut alors être affecté de façon totale ou partielle. L'infection de l'épi est la forme la plus destructrice de la maladie. En effet, la strangulation du rachis de l'épi de blé empêche le passage des nutriments à l'épi, ce qui provoque la diminution du poids des grains.
A ce jour, l'impact économique causé par la pyriculariose du blé se restreint aux seuls pays du Brésil, de la Bolivie et du Paraguay. Les recherches menées dans ces pays ont pour la plupart été dirigées vers un traitement des semences, capables de limiter le développement du champignon aux stades initiaux de la culture. Même si la maladie se concentre actuellement au Brésil, il y a un risque potentiel que la maladie apparaisse sur d'autres continents, compte tenu des changements climatiques prévisibles.
Un projet de recherche, mené par Gisele A. M. Torres - chercheuse en Génétique moléculaire et Prospection de gènes à l'Embrapa Trigo - et impliquant plusieurs partenaires nationaux, a été lancé en avril 2009. Ce projet, intitulé "Pyriculariose du blé : Etude de l'interaction plante-pathogène", vise à l'identification de mécanismes de résistance à la pyriculariose du blé au stade de la plante adulte, en particulier au niveau de l'épi.
Ainsi, à partir de la caractérisation d'une collection de génotypes de blé et d'espèces apparentées provenant d'autres régions du monde, des études de prospection de gènes sont déjà en cours. Gisele Torres explique : "A ce jour, les études étaient vouées à comprendre l'évolution du pathogène et les possibilités de contrôler la maladie. Le projet en cours prétend exploiter conjointement le savoir acquis sur le pathogène et les ressources génétiques disponibles, autrement dit, identifier les plantes les moins vulnérables à la maladie."
Le projet "Pyriculariose du blé" courra jusque mars 2012 et le premier workshop, qui s'est tenu les 6 et 7 mai derniers, a permis de réunir une trentaine de chercheurs brésiliens qui font partie de l'équipe. Au projet participent les institutions suivantes : diverses unités de l'Embrapa (Entreprise Brésilienne de Recherche Agronomique), l'EPAMIG (Entreprise de Recherche Agronomique du Minas Gerais), la FESURV (Fondation d'Enseignement Supérieur du Rio Verde), l'UFRGS (Université Fédérale du Rio Grande do Sul).
Les principales actions concernent la caractérisation phénotypique de la réponse à l'infection, l'identification des génotypes porteurs des gènes de résistance, l'histopathologie du processus infectieux, la prospection de gènes d'intérêt via des études transcriptionnelles, traductionnelles et des analyses bioinformatiques, la caractérisation moléculaire d'isolats de P.grisea et des génotypes de blé à l'étude. A l'horizon de 2010-2011 des essais en champs seront mis en oeuvre dans les conditions naturelles d'infection, avec trois "hot spots" installés sur le territoire brésilien. Ces essais seront conduits par des phytopathologistes du projet : João-Leodato Maciel (Embrapa Blé), Augusto Goulart et Alexandre Roese (Embrapa Agropastorale Ouest), Alexei Dianese (Embrapa Cerrados) et Claudine Seixas (Embrapa Soja).
Une coopération franco-brésilienne pourrait être envisagée et porterait sur des thématiques communes. En effet, le Dr. Gisele Torres, titulaire d'un Doctorat en génétique et biologie moléculaire réalisé à l'Université de Paris XI Orsay, émet vivement le souhait de trouver des partenaires au sein de la communauté scientifique française. Toute prise de contact avec la chercheuse sera donc la bienvenue.
- Article de divulgation de Gisele A. M. Torres, Embrapa Trigo : "Brusone do trigo : Estudo da interação planta-patógeno". - "Projeto de brusone do trigo é tema de encontro" - Site web de l'Embrapa - ANTUNES Joseani - 05/05/2009 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/XroFM
Rédacteur :
Faustine Fourdinier
Origine :
BE Brésil numéro 127 (13/11/2009) - CenDoTeC / Ambassade de France au Brésil / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61232.htm