Des chercheurs allemands de l'Institut Max Planck d'écologie chimique à Iéna ont observé pour la première fois en laboratoire une stratégie évolutionnaire appelée stratégie de minimisation des risques (ou "bet hedging"). Le terme "bet hedging" décrit la manière dont les organismes assurent la survie de leur espèce dans des environnements qui évoluent rapidement en donnant naissance à des progénitures pouvant s'adapter à diverses conditions de vie. Les résultats de leurs travaux de recherche sur les Pseudomonas fluorescens, une espèce bactérienne, ont été publiés dans la revue Nature [1].
Au cours de leurs expériences, les scientifiques ont introduit des souches de Pseudomonas fluorescens dans deux milieux de culture différents. Ils ont transféré les bactéries régulièrement d'un milieu à l'autre. Rapidement les chercheurs ont observé que dans les deux milieux, les bactéries porteuses d'un certain génotype l'emportaient sur les autres. Les bactéries porteuses de ce génotype présentaient toujours deux variantes différentes selon le milieu dans lequel elles étaient. Par rapport au génotype des cellules avec lesquelles l'expérience a commencé, les chercheurs ont recensé 9 mutations dans le génotype des bet hedging, la dernière de ces mutations étant vraisemblablement responsable de cette "capacité à minimiser les risques ". "Nos expériences confirment que le 'bet hedging' est une stratégie réellement sûre permettant de s'adapter à des environnements qui évoluent rapidement", explique le Dr Christian Kost. "Si le même génotype produit plusieurs variantes à un même moment, il est alors capable de réagir plus rapidement aux changements importants agissant sur l'environnement."
L'étude conclut : "Les informations sur les détails moléculaires sous-jacents nous révèlent l'impact de l'évolution sur le métabolisme central pour produire une stratégie qui pourrait logiquement avoir pris des dizaines de milliers de générations pour évoluer. L'évolution rapide et répétitive du "bet hedging" au cours de nos expériences suggère qu'il s'agirait de l'une des plus anciennes solutions évolutionnaires pour la vie dans des environnements variables, peut-être même antérieure à l'évolution des mécanismes sensibles à l'environnement de régulation génétique."
- [1] Hubertus J. E. Beaumont, Jenna Gallie, Christian Kost, Gayle C. Ferguson, Paul B. Rainey: Experimental evolution of bet-hedging. Nature. DOI: 10.1038/nature08504 - Dr. Christian Kost - Max Planck Institut für chemische Okologie, Hans-Knöll-Straße 8, Iéna - tél : +49 3641 571212 - email : ckost@ice.mpg.de
- Dépêche idw, communiqué de presse de l'Institut Max Planck d'écologie chimique - 04/11/2009 - Article du portail européeen CORDIS, "L'adaptation spontanée des bactéries aux changements environnementaux" - 11/11/2009