Ingrédients : prenez de vieilles dents. Datez-les, broyez-les et procédez ensuite à l'analyse génétique du groupe sanguin. Statistiques à l'appui, comparez avec les groupes sanguins d'aujourd'hui et vous pourrez peut-être remonter la piste de l'origine des cadavres que vous avez édentés.
C'est en raccourci, le travail de chercheurs canariens, principalement du département de génétique de l'université de La Laguna à Santa Cruz de Tenerife. Leur but : affiner la connaissance du peuplement des îles Canaries, du temps de ses premiers occupants à nos jours. Ils ont prélevé deux séries d'échantillons de dents : 643 dents appartenant à 493 individus aborigènes de 6 des 7 îles principales des Canaries et datées de 300 à 900 ans de notre ère et 206 dents de 195 individus de l'église de la Concepción à Tenerife, datées des 17 et 18ème siècles. La comparaison entre les résultats des analyses génétiques des groupes sanguins impliqués avec ceux des populations actuelles arabes et berbère du Maroc, du Sahara occidental et de la péninsule ibérique confirme le caractère très vraisemblablement berbère des aborigènes, comme le supposaient les études archéologiques, historiques ou linguistiques. Les dents les plus récentes attestent quant à elles d'un mélange berbère/péninsule ibérique [1].
Dans un deuxième travail [2], toujours sous la direction de Rosa Fregel, l'étude génétique plus poussée des dents des 17 et 18ème siècles (chromosome Y pour le caractère mâle et ADN mitochondrial pour le caractère femelle), montre que la colonisation européenne (à partir du 15ème siècle) a introduit une forte dissymétrie sexuelle avec une proportion beaucoup plus élevée de femmes de lignée berbère que d'hommes, ce qui finalement s'explique assez bien par le fait que beaucoup d'aborigènes mâles ont été tués par les nouveaux arrivants.
Dans quelques conditions sont arrivés ces Berbères ? Librement ou par la force ? Et pourquoi ? Ces questions n'ont pas encore de réponses et il n'est pas sûr que pour le coup, la génétique soit le meilleur outil pour y répondre.