Chaque année, de fréquents accidents dûs aux avalanches ont lieu dans les Alpes. Les dispersions spatiale et temporelle des précipitations à la source de ces phénomènes rendent difficilement réalisable leur prévision - qui en permettrait une prévention efficace. Un radar a été hélitreuillé mi-septembre à 2.150 m d'altitude sur les hauteurs de Davos par des scientifiques de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) afin d'étudier cette dispersion.
L'appareil de quantification des précipitations le plus répandu et le plus utilisé est le pluviomètre. En Suisse, la norme fixe leur surface de réception à 200 cm2. Le site sur lequel ils sont implantés doit être représentatif de l'environnement dans lequel ils sont placés. Dans les Alpes, les fortes variations spatio-temporelles des pluies et des chutes de neige peuvent induire des erreurs ou des sous-estimations si les mesures sont effectuées avec des pluviomètres. L'utilisation du nouveau radar permettra de pallier à ces inconvénients.
Le radar installé par l'EPFL est un radar Doppler à double polarisation à haute résolution. Des impulsions micro-ondes polarisées orthogonalement sont envoyées par le radar, réfléchies par les gouttes de pluie ou les flocons de neige, puis captées par le radar qui peut déduire leur caractéristiques par application de l'effet Doppler. L'utilité principale du radar est de permettre le sondage non localisé des précipitations d'une région, avec une portée pouvant s'étendre jusqu'à 300 km. La polarisation dans deux directions des ondes permet elle de remonter aux dimensions de l'objet réfléchissant. L'interprétation des mesures nécessitant l'utilisation d'algorithmes spécifiques, un étalonnage est effectué grâce à des vidéodisdromètres, caméras ultra-rapides sondant 10 cm2 d'une zone couverte par le radar. Le Français Alexis Berne, assistant-chercheur du Laboratoire de Télédétection Environnementale de l'EPFL, précise : "Notre but est de pouvoir mieux quantifier ce qui tombe, et où cela tombe. Ces informations seront particulièrement utiles aux chercheurs de l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (Institut für Schnee und LawinenForschung SLF) travaillant sur les catastrophes naturelles - avalanches en particulier". "Si l'on peut prendre en compte des données liées à la troisième dimension de l'espace [...] nous parviendrons peut-être à encore mieux caractériser la répartition et l'hétérogénéité de ce manteau neigeux." complète Michael Lehning, directeur des recherches sur le permafrost au SLF.
Le radar, ayant coûté 333.000 euros environs et d'un poids de près d'une tonne, restera opérationnel à Davos jusqu'au printemps prochain. Son exploitation s'inscrit dans le cadre du vaste programme de recherches "Swiss Experiment" sur la compréhension et les évolutions du climat, de l'atmosphère et de l'environnement dans les montagnes suisses.