En collaboration avec l'équipe du professeur de physiologie Reggie Edgerton de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), des chercheurs du Laboratoire pour la Neuroréhabilitation de la Faculté de Médecine de l'Université de Zürich dirigés par le Français Grégoire Courtine ont réussi à faire marcher des rats rendus hémiplégiques.
Récupération de la capacité de courir chez des rats paralysés (vidéo en anglais) Crédits : Courtine
Dans un premier temps, les chercheurs ont sectionné volontairement la moelle épinière des rats afin d'interrompre toute communication nerveuse entre le cerveau et les membres inférieurs, entraînant une paralysie de ces derniers. Les rats ont ensuite été maintenus dans une position verticale sur un tapis roulant. Sans aucun autre traitement, le roulement du tapis n'entraîne aucune réponse au niveau des pattes arrières. Les scientifiques ont ensuite administré aux rats des injections de quipazine et de 8-OHDAPT, deux molécules aux effets similaires à ceux de la sérotonine, stimulant la production de ce neurotransmetteur impliqué dans le système nerveux musculaire, ainsi que des impulsions électriques épidurales sous la zone de sectionnement de la colonne. La combinaison de ces deux stimulations chimique et nerveuse des centres nerveux de la colonne vertébrale a permis aux rats de remarcher dès dix minutes après administration. Après 9 semaines d'entraînement et de traitement, les rats ont été capables de courir, le mouvement de leurs membres inférieurs suivant la direction et le sens de celui du tapis. Aucune communication n'étant rétablie avec le cerveau, la marche obtenue n'est effective qu'avec un tapis en mouvement.
Grégoire Courtine souligne ainsi que le mouvement des pattes de l'animal est indépendant de sa volonté. Selon le professeur Edgerton, aucune autre équipe n'était cependant parvenue auparavant à "un support total du poids du corps de l'animal et une marche régulière".
Aucun essai n'est encore prévu sur des patients. A l'Université de Zürich, une autre équipe, dirigée par le professeur Martin Schwab, traite depuis plus de trois ans des patients atteints au niveau de la colonne vertébrale par des anticorps pour faire croître à nouveau les nerfs partiellement endommagés et rétablir ainsi la communication nerveuse. Grégoire Courtine espère que ces deux voies pourront un jour être combinées.
Cette étude internationale a été publiée en ligne le 20 septembre par la revue Nature Neuroscience [1]. Elle a été notamment soutenue du côté suisse par la Fondation Internationale pour la Recherche en Paraplégie et la Fondation Nationale Suisse pour la Science, ainsi que par l'Institut National des troubles neurologiques et l'Institut National de Bio-imagerie et de Bio-ingénierie du côté américain.