Entre un tatou et un être humain on ne verrait que peu de similitudes au premier abord. Pourtant, ces deux espèces de mammifères ont un point commun : ce sont les seuls hôtes de la bactérie de la lèpre, qui touche encore aujourd'hui plus de 700.000 personnes sur notre planète.
Une équipe internationale, constituée de microbiologistes, d'archéologues, de généticiens et de médecins, incluant notamment des chercheurs de l'Institut Pasteur à Paris et coordonnée par Stewart Cole, directeur du Global Health Institute de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, a retracé l'évolution de ce fléau à travers les siècles et les continents dans une étude, parue le 1er novembre dernier, dans la revue Nature Genetics [1].
L'une des particularités du bacille de la lèpre est qu'il existe sous quatre souches distinctes : européenne, est-africaine, ouest-africaine, et indienne. Ces souches, révèle l'étude, sont semblables à 99,995%, leur séquences ne différant que par 215 séquences polymorphiques et 5 pseudogènes. Ces différences, bien que peu nombreuses - témoignant ainsi de la remarquable stabilité du bacille - permettent néanmoins de déterminer de manière certaine la souche d'origine. Les scientifiques sont remontés jusqu'au IVème siècle, en Egypte. Sur une momie, la souche retrouvée était, contrairement à ce que la logique attendait, la souche européenne. La bactérie avait donc suivi les routes marchandes existant à l'époque entre l'Europe et l'Egypte. Tout aussi surprenant, en Chine, la souche retrouvée est également d'origine européenne : la bactérie avait là aussi suivie une route marchande, celle de la soie. L'origine des souches permet également de retrouver les flux migratoires : les souches présentes ne sont pas celles des populations voisines, mais des lieux d'origine des populations locales. Ainsi le commerce d'esclave permet-il de comprendre que la souche ouest-africaine se soit retrouvée au Brésil et le peuplement de Madagascar par une population d'origine indienne, la présence de la souche indienne sur l'île.
Stewart Cole a, comme prochain objectif, la détermination du lieu d'origine du bacille, qu'il attend à être situé en Afrique de l'Est.