Le monde des ingénieurs allemands est en passe de changer. En effet, le processus européen de Bologne, à savoir le passage au système Bachelor-Master ou en France la réforme LMD, est sur le point de bouleverser les protocoles de l'ingénierie allemande.
Le titre académique de "Diplom-Ingenieur" ("Dipl.-Ing.") constitue l'objectif pour chaque élève-ingénieur poursuivant un cursus dans une université allemande. Cette simple abréviation, que l'on traduit par ingénieur diplômé en français, représente en Allemagne un gage d'excellence et de qualité pour tout recruteur. Ce titre est non seulement une reconnaissance des capacités techniques mais également un des vecteurs de l'image de marque du savoir allemand et de la technologie "made in Germany" à travers le monde. Ce grade académique a été créé il y a plus de cent ans après l'approbation de l'empereur allemand Guillaume II et revêt donc un prestige historique supplémentaire.
Plusieurs recteurs d'universités, dont Wolfgang Herrmann, l'actuel président de l'Université technique de Munich (TUM), sont opposés à la disparition de ce titre académique. Ainsi le diplôme de la TUM comporte désormais la formulation suivante: "Master of Science" avec la mention "Aquivalent der Akademischen Grad Diplom-Ingenieur (Dipl.-Ing./TUM)" [1]. L'ingénieur a alors le choix entre le nouveau titre de Master et l'ancien titre allemand classique. La conservation de l'ancienne appellation est également défendue par les universitaires et les étudiants. En effet, lors du recrutement, elle présente un avantage certain pour le jeune diplômé. Actuellement 95,4% des ingénieurs employés en Allemagne sont des "Dipl.-Ing.", 8,3% ont un diplôme de master et 10,8% un diplôme de bachelor. Le master s'est pourtant imposé dans les domaines de la R&D et de la construction comme l'égal du "Dipl.-Ing.". Cependant, pour les PME, ce dernier titre reste le principal critère pour le recrutement de nouveaux ingénieurs.