Les compagnies navales japonaises redoublent d'effort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des futurs navires marchands. Il est vrai que selon l'Organisation Maritime Internationale (OMI), le transport maritime a émis 1,12 milliard de tonnes de CO2 en 2007, ce qui représente 3 à 4% des émissions mondiales. Ces chiffres placent le secteur au même niveau que le Japon, cinquième dans le classement des pays les plus émetteurs de dioxyde de carbone.
La compagnie Mitsui OSK Lines a ainsi récemment dévoilé deux projets de navires dont les quantités de CO2 émises seraient réduites de moitié. Il s'agit d'un transporteur de véhicules (Ishin I) et d'un ferry transportant passagers et marchandises (Ishin II). Les deux présentent des innovations intéressantes.
A l'instar d'un navire marchand de la compagnie concurrente NYK [1], des modules photovoltaïques équipent les deux Ishin : le premier est presque entièrement recouvert de panneaux solaires ; des cellules photovoltaïques transparentes sont collées sur toutes les vitres du second. Les quantités de CO2 émises seraient ainsi réduites respectivement de 3% et 2%. Ces modules assurent en partie la charge de batteries Li-ion, qui alimentent la motorisation électrique. Les nouveaux navires seront en effet équipés de moteurs électriques qui viendront assister la classique motorisation thermique. Pour les manoeuvres dans le port, seule la motorisation électrique sera mise à contribution. L'objectif affiché est le "zéro émission". D'ailleurs, Ishin II pourra être connecté au réseau électrique terrestre lorsqu'il sera à quai. Une étude est en cours dans le port d'Osaka pour la construction des infrastructures nécessaires à cette connexion.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre passe également par une meilleure hydrodynamique des coques. Pour réduire les frottements, des bulles d'air sont émises sous la coque, assurant un meilleur glissement du navire. Cet air est récupéré et réutilisé, ce qui réduit l'énergie nécessaire au processus. Par ailleurs, les communiqués de l'entreprise montrent que les deux Ishin possèdent des hélices montées en regard l'une par rapport à l'autre. La première assure la propulsion du navire, la seconde récupère l'énergie associée au fort courant générée par la première. Ce système permettrait selon les auteurs une réduction de 17 à 18% des émissions de CO2.
Enfin, le vent fait son retour sur les navires marchands. Un groupe de recherche constitué de la prestigieuse Université de Tokyo, de NYK, de Mitsui OSK Lines et de Teijin travaille actuellement sur la conception d'un cargo de 300 mètres de long dont la propulsion diesel sera assistée par neuf voiles en fibre de carbone. Hautes de 50 mètres, larges de 20 mètres et pesant 30 tonnes, elles seront rétractables pour les manoeuvres dans le port. Leur manipulation sera entièrement effectuée par ordinateur. La consommation du navire serait alors réduite au tiers. Le groupe estime le coût d'une telle voilure à un milliard de yen (plus de 7,6 millions d'euro). Cependant, comme l'emploi d'un tel système permettrait de réduire considérablement la taille du moteur, son installation n'entrainerait qu'un surcoût de 10 à 20%. Le projet devrait aboutir dans les cinq ans à venir.