"Si l'on veut résoudre le problème du réchauffement climatique, on ne peut pas se contenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il faut créer des systèmes énergétiques avec des bilans carbone négatifs." Voilà l'idée présentée par David Andersson quand il introduit la jeune entreprise Ecoera AB, dont il est à la tête. En plus d'une expertise sur la production de granulés de bois, l'entreprise a mis au point un nouveau procédé de pyrolyse de la biomasse. Du gaz de synthèse est produit et le résidu solide, du charbon de bois ("biochar"), est valorisé et épandu sur des champs. Le gaz quant à lui est brûlé pour produire de la chaleur et de l'électricité. Selon David Andersson, il est regrettable de brûler le biochar puisque c'est une forme très stable du carbone qui permet de piéger une partie du carbone contenu dans la biomasse pour rendre le bilan négatif.
La carbone est emprisonné, sous une forme très stable, pour plusieurs milliers d'années comme en attestent les études concernant l'exemple de la Terra Preta. En effet, le charbon de bois a été utilisé en Amérique du Sud plusieurs milliers d'années avant notre ère afin d'améliorer la fertilité des sols. Ces terrains sont encore aujourd'hui riches en "biochar". La stabilité du charbon est très variable, elle est de l'ordre du millier d'années. Elle dépend en premier lieu des conditions dans le sol où il est répandu. L'humidité joue un rôle déterminant. Le choix des végétaux utilisés pour la pyrolyse influence aussi largement les caractéristiques du biochar obtenu, de même que la technique de pyrolyse utilisée.
Ce procédé, d'après David Andersson, est aussi une solution à un autre problème global : la dégradation de la qualité des sols. C'était le but des indiens de la Terra Preta qui ne se souciaient pas encore de leur bilan carbone. Le problème du changement climatique a remis cette idée au goût du jour. Le charbon obtenu n'est toutefois pas lui-même un engrais : il ne peut pas se substituer aux engrais utilisés mais en améliore l'efficacité.
La jeune start-up, compte pour le moment cinq employés et réalise un chiffre d'affaires d'un million de couronnes (environ 100.000 euros). Elle a déjà vendu son service à des clients soucieux de réduire leur impact écologique en compensant leurs émissions de dioxyde de carbone. Ecoera est partenaire de Bioagro Energy, une entreprise qui cherche à améliorer l'utilisation des déchets agricoles (projet BIOAGRO). Des chercheurs de l'université d'Uppsala collaborent également avec la jeune entreprise.