Le 2 décembre dernier, Anders Wijkman et Johan Rockström, le charismatique directeur du Stockholm Environment Institute (SEI), ont présenté dix recommandations importantes pour la conférence de Copenhague.
Les deux spécialistes ont pointé du doigt le risque d'enlisement des négociations climatiques, dans le contexte d'une crise environnementale majeure mettant en jeu le climat et nos écosystèmes. Ils estiment que le processus de négociations sur le climat fait davantage penser à une guerre de tranchées qu'à une véritable tentative de trouver des solutions communes. Ils posent les questions : qui a la légitimité pour représenter toutes les parties ? Où se place l'intérêt commun ? Qui doit porter les responsabilités ?
Ils s'interrogent sur la pertinence de traiter le problème du climat comme n'importe quel autre thème politique d'envergure mondiale. La nature n'est pas un interlocuteur avec lequel il serait possible de négocier. Bien au contraire, ces enjeux devraient être l'occasion de repenser notre relation à la biosphère et de promouvoir le développement de technologies propres. Ils estiment, enfin que le système des Nations Unies et les institutions de Bretton Woods ont été créés pour résoudre d'autres problèmes. La situation inédite à laquelle nous sommes confrontés exige un traitement global, où tous les intérêts des parties sont pris en compte, ce qui supposera de revoir nos approches à l'égard de la souveraineté des pays.
Johan Rockström est également revenu sur l'article publié le 24 septembre dernier dans Nature à l'initiative du SEI sur le thème des limités écologiques de la planète. La nouvelle approche promue par le groupe de 28 scientifiques de renommée internationale signataires de l'article, comprenant Hans Joachim Schellnhuber, Will Steffen, Katherine Richardson, Jonathan Foley, James Hansen et le prix Nobel Paul Crutzen avait permis d'identifier et de quantifier un ensemble de neuf limites planétaires. Ces limites biophysiques mondiales, reposant sur les plus récentes informations relatives à la compréhension scientifique du système terrestre, pourront permettre de définir un espace d'opération planétaire sûr dans lequel l'humanité pourra continuer à se développer et à prospérer au cours des générations futures.
Mais les auteurs ne s'arrêtent pas au constat. Ils estiment que la pression humaine sur le système terrestre a atteint une telle importance que des changements environnementaux mondiaux abrupts ne peuvent plus être exclus (tippping points). Ainsi, pour continuer à vivre et à opérer en toute sécurité, l'humanité doit rester éloignée des seuils jugés critiques pour l'environnement terrestre, et respecter la nature des processus climatiques, géophysiques, atmosphériques et écologiques de la planète. Johan Rockström a précisé que la transgression des limites planétaires pouvait être dévastatrice pour l'humanité, mais si nous les respectons, nous avons un avenir radieux qui nous attend pour les siècles à venir. La limite arrêtée par les auteurs pour le système climatique est le seuil de 350 ppm, un seuil mis en avant par James Hansen, du NASA Goddard Institute for Space Studies, seuil très largement dépassé aujourd'hui et qui a fait l'objet d'une campagne de mobilisation mondiale en amont de la réunion de Copenhague.
La réunion a été suivie d'une discussion marquée par la participation de Svante Axelsson, secrétaire général de la Société suédoise pour la Conservation de la Nature.