Les premières données recueillies par le LEND (Lunar Exploration Neutron Detector) russe embarqué à bord du LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter) de la NASA ont amené les scientifiques à reconsidérer leurs idées "naïves" concernant la glace d'eau lunaire. Cette appréciation émane d'Igor Mitrofanov, chef du projet LEND. Il dirige le laboratoire de spectroscopie gamma spatiale de l'Institut d'études spatiales de l'Académie des sciences russe.
Le LEND est un détecteur neutronique, qui a pour vocation de repérer, en fonction des variations du flux de neutrons en provenance de la surface lunaire, les zones ayant une teneur élevée en hydrogène et, donc, recélant potentiellement de l'eau. Une grande concentration d'hydrogène dans le sol conduit à la baisse du flux de neutrons, ces régions apparaissant sous la forme de tâches sombres sur les "cartes neutroniques".
Selon les responsables de la NASA, il ressort des premières données transmises par le LEND que celui-ci a effectivement détecté des régions ayant une teneur élevée en hydrogène. Mais la délimitation de ces régions ne coïncide pas avec les fameuses zones demeurant en permanence à l'ombre, ces "pièges à froid" sur lesquels misaient les scientifiques. "A la suite des investigations qui ont été menées, a bien spécifié Igor Mitrofanov, des régions présentant un faible flux neutronique ont été découvertes. Mais, à notre grande surprise, ces régions ne coïncidaient pas avec les régions à l'ombre des cratères proches des Pôles que nous connaissions. Par conséquent, dès les premières données que nous a transmises le LEND s'est trouvée réfutée l'hypothèse, communément admise, relative à la localisation des régions ayant une teneur en hydrogène élevée sur la Lune. Cette inadéquation n'exclut pas la présence de glace sur la Lune, mais les chercheurs vont devoir élaborer une théorie beaucoup plus complexe."
Dans certains endroits proches du Pôle sud de la Lune, les zones présentant une teneur élevée en hydrogène coïncident tout de même avec des régions constamment à l'ombre. L'une de ces zones est celle du cratère Cabeus A. Après étude des données envoyées par le LEND, il a été retenu comme "cible" pour procéder à l'expérience qui doit être menée à l'aide de la sonde LCROSS (Lunar Crater Observation and sensing Spacecraft). Cette expérience est prévue pour le 9 octobre. Pour l'heure, les scientifiques ignorent pourquoi, dans la couche supérieure du cratère Cabeus et d'autres régions détectées par le LEND, la teneur en hydrogène est aussi élevée et sous quelle forme celui-ci est présent : glace d'eau, minéraux lunaires Les données déjà recueillies par le LEND et celles qui le seront par la suite seront utilisées pour élaborer une nouvelle hypothèse scientifique qui devra expliquer l'origine des zones lunaires ayant une forte teneur en hydrogène.
La sonde LRO se trouve depuis le 15 septembre sur son orbite normale de travail pour cette première étape des investigations, qui a pour objectif de prospecter les ressources lunaires en réalisant une carte neutronique et durera un an. Après quoi, la sonde passera à la seconde étape de son étude de la Lune et de l'espace circumlunaire, conformément au programme scientifique de cette mission.