Les réservoirs de gaz souterrains (RGS) abritent des microorganismes dont l'activité influe sur la qualité du gaz, l'intégrité des équipements et l'état de l'environnement. Ces microorganismes sont étudiés par des chercheurs du laboratoire de microbiologie de l'Institut de microbiologie Vinogradov, de l'Académie des sciences russe. Les travaux sont menés sous la direction du professeur Beliaïev, docteur en biologie. Les RGS permettent de créer les réserves de gaz nécessaires dans des lieux éloignés des régions de production. Il arrive fréquemment qu'ils soient aménagés dans d'anciens gisements. C'est un réservoir de ce type qu'ont étudié des microbiologistes de Moscou.
Deux couches collectrices, se trouvant entre 800 et 1.000 m sous terre et recouvertes d'une couche d'argile d'un demi-kilomètre d'épaisseur, y servent de réservoir. Ce dernier est exploité selon un régime cyclique: de mai à octobre, on le remplit de gaz, de novembre à avril, on en retire. Le gaz qui arrive dans le réservoir se présente sous la forme de méthane, avec des impuretés d'éthane, d'azote et de certains autres gaz, parmi lesquels du gaz carbonique. Il n'y a absolument pas d'oxygène.
Toutefois, des liquides pénètrent dans les couches formant le réservoir, et avec eux des microorganismes viables ainsi que de la nourriture pour ces derniers: des éléments biogènes et des impuretés technogènes, et notamment du méthanol et des produits de la corrosion des tubes. Plus un RGS a connu de cycles de remplissage et de pompage, et plus important est le nombre de bactéries qui s'y sont accumulées. Il n'est pas exclu, non plus, que les couches ayant recelé du gaz aient conservé leur propre microflore.
Les chercheurs se sont penchés sur les échantillons de liquides provenant des puits étudiés, ainsi que sur les liquides retirés des couches en même temps que le gaz. Les analyses ont montré que la microflore du réservoir est très variée. On y trouve ainsi des bactéries qui sont créées par le méthane d'acétate - ce dernier est présent en grandes quantités dans les eaux d'accompagnement. Et si ces eaux étaient davantage saturées en carbonates, la synthèse bactérienne du méthane serait encore beaucoup plus active.
Le réservoir contient également des bactéries sulfato-réductrices, qui créent du sulfure d'hydrogène à partir des sulfates. Or, le sulfure d'hydrogène, tout comme les sulfates, constitue un sérieux problème pour l'industrie gazière. Ils sont toxiques, provoquent la corrosion des tubes et forment des précipités insolubles de sulfure de fer, qui obstruent les roches du collecteur.
La microflore du réservoir peut également intervenir dans la décomposition de la matière organique, avec la formation de gaz carbonique, d'acides gras et d'alcools inférieurs, qui peuvent participer à la dissolution du ciment carbonaté. L'activité commune de bactéries sulfato-réductrices et ferro-réductrices, qui sont également présentes dans les eaux des RGS, peut modifier l'argile contenant du fer qui entoure le réservoir et même détruire les roches du collecteur lui-même. L'avertissement lancé par les microbiologistes est donc, apparemment, des plus sérieux.