Singapour a misé depuis plus d'une décennie sur l'économie du savoir. Cette décision était motivée par la montée en puissance de pays comme la Chine ou l'Inde que la cité état ne peut concurrencer en terme de coût de production. Depuis, des investissements colossaux ont été consacrés à la fois à l'enseignement supérieur, à la recherche, à la formation des ressources humaines et à la construction d'infrastructures de pointe.
Ainsi, le gouvernement singapourien a pris plusieurs décisions importantes pour confirmer cette stratégie. Sur le plan de l'enseignement supérieur, la cité état a créé une troisième université en 2000 (Singapore Management University) en coopération avec Wharton University et vient de décider d'en créer une 4ème en 2011 avec le MIT. Sur le plan de la recherche, 2 campus d'innovation ont été créés. Le premier appelé Biopolis est dédié à la recherche biomédicale. Le deuxième appelé Fusionopolis est dédié à la recherche technologique. Ces deux campus d'innovation regroupent instituts de recherche dédiés, des entreprises travaillant dans la R&D et des agences gouvernementales impliquées dans le secteur en question et dans l'innovation.
Dans le même temps, le gouvernement singapourien a créé une agence nationale de financement de la recherche (National Research Foundation - NRF). Cette agence dépend directement du premier ministre et bénéficie d'un budget de 5 milliards de dollars singapouriens allant de 2006 à 2010. En effet, l'objectif de la cité état est d'atteindre en 2010, 3% d'investissements en R&D en part du PIB (appelé GERD - Gross Expenditure in R&D). Depuis l'année 2000, la croissance moyenne du GERD a été de 9% par an. Par rapport à 2006, le GERD a cru de 26% pour atteindre 2,61% en 2007 pour un montant d'environ 3 milliards d'Euros. En 2008, malgré la crise qui a débuté au 4ème trimestre, le GERD a atteint 2,77% avec une augmentation annuelle de 12,5% par rapport à 2007. En valeur, en 2008, les dépenses en R&D couvrant secteur public et privé ont atteint la somme de 7128 millions de S$ (3,55 Milliards d'euros).
Le gouvernement singapourien souhaite que la recherche entreprise à Singapour soit valorisée et qu'elle puisse amener de la création de valeur et de la croissance économique rapide. Ainsi, et depuis plusieurs années, deux tiers des investissements en R&D à Singapour proviennent du secteur privé. Grâce aux aides gouvernementales, la part de la recherche menée par le secteur privé est passée de 67% en 2007 à 72% du GERD en 2008.
L'implication du secteur privé dans les programmes et investissements en R&D à Singapour montre bien l'intérêt de la cité-état pour la création de valeur rapide. L'objectif de visibilité et de création de nouveaux produits de dernière génération engage Singapour a se concentrer sur le développement et la recherche appliquée. Ainsi, en 2008 comme en 2007, 58% des investissements en R&D ont été alloués au Développement expérimental, 25% ont été dédiés à la Recherche Appliquée et seuls 17% ont été consacrés à la Recherche Fondamentale.
En 2007 tout comme en 2008, le domaine de la Technologie et de l'Ingénierie illustre bien cette répartition puisque environ 68% des investissements ont été alloués au développement, environ 20% à la recherche appliquée et 12% à la recherche fondamentale. Cependant, il est à signaler que la répartition de ces investissements dans le domaine biomédical est plus équilibrée avec 38% pour la recherche fondamentale, 43% pour la recherche appliquée, et seulement 19% pour le développement expérimental.
Une analyse des secteurs les plus importants à Singapour montre que les domaines d'activité qui ont bénéficié des plus gros budgets en R&D en 2008 tout comme en 2007 sont dans l'ordre : L'ingénierie et la technologie avec 68%, ensuite les sciences biomédicales avec 15%, les sciences naturelles avec 8% et loin derrière l'agriculture avec 1% des financements dédiés à la recherche. En 2008, le secteur manufacturier a compté pour 73% des investissements dans le domaine de la R&D. Seuls 27% sont dédiés au secteur des services. Pour rappel, en 2007, les dépenses du secteur privé ont, pour 70%, été dédiés au secteur manufacturier et pour le reste ont bénéficié au secteur des services.
Malgré le début de la crise financière au 4ème trimestre de l'année 2008, Singapour a réussi à amener son GERD à 2,77% et reste optimiste sur l'atteinte de l'objectif de 3% en 2010. Cependant, la recherche privée semble prendre un pas clair sur la recherche publique. Ceci risque d'accentuer encore plus la recherche appliquée voire le développement au profit de la recherche fondamentale. Dans le même temps, par un temps de début de crise, les entreprises privées arrivent sur une année entière à augmenter leurs budgets de R&D de 21% par rapport à l'année 2007 !
Il est en tout cas clair que pour le gouvernement singapourien l'objectif d'atteindre 3% de GERD à l'horizon 2010 est toujours un objectif réaliste !