Un rapport, publié le 8 octobre 2009 par le UK Energy Research Centre (UKERC, Centre britannique de recherche sur l'énergie), annonce la survenue d'un pic pétrolier (en anglais peak oil) avant 2030, avec même un risque significatif d'un pic avant 2020. Cela signifie que le moment où la production de pétrole cessera d'augmenter et commencera à décliner, conséquence de l'épuisement des réserves, est proche.
Ce rapport de l'UKERC réexamine de façon approfondie et systématique toutes les preuves, arguments et facteurs (économiques, techniques et politiques) étant au coeur du débat sur l'atteinte d'un pic pétrolier dans les 10 prochaines années. En effet, l'objectif de ce rapport était de répondre à la question suivante : quelles preuves appuient la thèse selon laquelle l'offre mondiale de pétrole conventionnel atteindra un pic avant 2030 ? Par ailleurs, il est important de noter que cette étude ne concerne que le pétrole conventionnel (pétrole brut, condensats, gaz naturel liquéfié) habituellement facile à extraire et à raffiner et exclu le pétrole non conventionnel (sables et schistes bitumineux, gaz naturel et biomasse) produit ou extrait en utilisant des techniques autres que la méthode traditionnelle de puits pétroliers.
Le rapport met l'accent sur les facteurs "physiques" limitant la vitesse de production du pétrole conventionnel ainsi que sur la répartition des ressources et le profil de production entre les gisements de différentes tailles. En outre, selon ce rapport, le monde entre dans l'ère du pétrole cher, dans la mesure où les ressources pétrolières deviennent de plus en plus difficiles à trouver et à extraire. Bien que d'importants gisements pétroliers aient été découverts récemment dans le Golfe du Mexique, au Brésil ou ailleurs dans le monde, cela ne fera que retarder la survenue du pic pétrolier de quelques jours voire de quelques semaines.
Le rapport met en lumière le déclin accéléré de la production de pétrole à partir des gisements existants et indique que plus des deux tiers de la capacité actuelle de production du pétrole brut doivent être remplacés d'ici 2030 pour prévenir un déclin de la production. En effet si la production mondiale est maintenue à son niveau actuel il sera bientôt nécessaire de découvrir l'équivalent des ressources de l'Arabie Saoudite tous les trois ans pour couvrir les besoins pétroliers mondiaux. Selon le principal auteur du rapport, Steve Sorrell, chercheur à l'UKERC, "à notre avis, les prévisions qui tablent sur la survenue d'un pic pétrolier après 2030 sont au mieux optimistes, et au pire, peu plausibles. Etant donné la dépendance écrasante du monde vis-à-vis du pétrole et le temps requis pour développer des alternatives, 2030 est proche".
Les principales conclusions de ce rapport sont : - les mécanismes conduisant à un pic pétrolier sont bien compris et apportent des contraintes supplémentaire sur l'approvisionnement futur au niveau régional et mondial ; - en dépit de grandes incertitudes dans les données, les informations disponibles suffisent à évaluer l'état des ressources ainsi que le risque qu'elles ne s'appauvrissent ; - il existe un potentiel d'amélioration du consensus sur des controverses de longue date telles que la source et l'ampleur des réserves ; - il est important de reconnaître que les méthodes d'estimation de la taille des ressources et de prédiction des futurs approvisionnements sont limitées ; - d'importantes ressources de pétrole conventionnel sont peut-être disponibles, mais il est peu probable que celles-ci soient accessibles rapidement et que leurs découvertes aient un impact sur la date du pic pétrolier ; - les risques d'un épuisement pétrolière mondiale méritent beaucoup plus d'attention de la part de la recherche et des politiques publiques.
L'évaluation des différentes options de réduction des consommations de pétrole étant au-delà de la portée de ce rapport, seules trois remarques générales ont été faites :
- premièrement, il sera probablement difficile de réduire les consommations de pétrole en raison de l'échelle des investissements requis et des délais associés. Selon un rapport du ministère américain de l'énergie (DoE), les programmes à grande échelle de substitution et de réduction de la demande de pétrole, doivent être engagés au moins 20 ans avant l'atteinte du pic pétrolier, si l'on veut éviter de graves problèmes d'approvisionnements en combustibles liquides ;
- deuxièmement, bien que de nombreuses mesures liées aux politiques de lutte contre le changement climatique aideront à atténuer les effets de l'épuisement des ressources pétrolières, les carburants non conventionnels à haute teneur en carbone seront de plus en plus exploités. Ainsi, la conversion d'un tiers des réserves mondiales de charbon en combustibles liquides risque d'entrainer le rejet de plus de 800 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère (sachant que pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 degrés d'ici 2100, le total des émissions à venir doit être inférieure à 1800 milliards de tonnes). Cependant, moins de la moitié des émissions issues de la production de combustibles à partir de charbon pourra être évitée grâce aux technologies de captage et stockage du carbone. Par conséquent, il apparaît nécessaire d'investir dans des solutions à faible teneur en carbone ;
- sans politiques d'aide, les investissements destinés à soutenir les efforts de réductions des consommations de pétrole seront inhibés par l'incertitude et la volatilité des prix du pétrole. Les investissements pourront cependant être encouragés par des mesures comparables à celles inscrites dans les programmes nationaux sur le climat mais sur des échelles de temps plus courtes. De plus, pour que de tels investissements soient politiquement réalisables, cela exige une meilleure connaissance et prise de conscience des risques liés à l'épuisement des ressources pétrolières mondiales.
Le rapport conclut que le gouvernement britannique n'est pas le seul à être mal préparé à un tel événement. En effet, le pétrole fournit actuellement un tiers de la consommation mondiale d'énergie.