A première vue, on pourrait croire que cette ancre est un prototype de fusée ou de missile sortie tout droit des laboratoires de recherches en armement des Etats-Unis. La réalité est bien différente, puisque cet engin de 13m de haut et pesant près de 80 tonnes est en fait une ancre d'amarrage en eau profonde destinée principalement aux stations de forage pétrolières offshore.
Le principe de fonctionnement est simple : L'ancre est plongée dans les eaux et retenue par un câble jusqu'à environ 75 mètres avant le fond océanique. A cette distance-là, elle est raccrochée à un autre câble laissant un mou important, puis lâchée en chute libre jusqu'au fond de l'Océan. La géométrie hydrodynamique de l'ancre et sa masse importante lui permettent d'atteindre une vitesse proche des 100km/h. Lors de l'impact, sa structure rigide et effilée lui permet de littéralement perforer le fond océanique et de s'y enfoncer jusqu'à une profondeur pouvant atteindre jusqu'à 3 fois sa longueur, soit plus de 30 m. Ainsi enfoncée, l'ancre fournit alors un point d'amarre très puissant. Un principe tout simple, mais qui n'a pu être concrétisé très facilement...
Jon Tore Lieng est le concepteur de cette ancre. Il l'imagine dans les années 90, alors que la production de pétrole tend à se rapprocher des eaux profondes. A cette époque il est géotechnologue à SINTEF. Il pense alors qu'il doit y avoir un moyen plus efficace pour amarrer les stations que les ancres à succion qui étaient utilisées à l'époque et envisage un moyen simple et peu couteux : jeter une ancre directement au fond de la mer, qui serait suffisamment lourde et rapide pour s'enfoncer dans le fond Océanique et créer ainsi un point d'amarre efficace. Il réalise une étude théorique et propose son concept à toutes les compagnies pétrolières de Norvège qui, probablement désarmées par ce concept pour le moins inhabituel, refusent de s'impliquer dans un tel projet. Lieng ne se décourage pas pour autant. Quand il quitte SINTEF en 1997, il monte sa propre entreprise, GeoProbing Technology, et dépose un brevet. Finalement, il parvient à entrer en contact avec Statoil intéressé par ses idées et qui acceptent de financer des études de faisabilité et des modèles de test. Le résultat de ces études montre alors que ce nouveau concept pourrait coûter jusqu'à 35% moins cher que les technologies utilisées à l'époque. Cependant, durant les phases de tests en semi-échelle à Trondheim, un incident technique onéreux se produit et le projet est alors abandonné. Ce n'est que quelques années plus tard, alors que Statoil évalue des projets de forage allant de 1000 m de profondeur en Norvège jusqu'à 2000m de profondeur dans le Golfe du Mexique, que l'entreprise reprend le projet.
Au mois d'Août 2009 ont eu lieu les premiers essais à échelle industrielle dans le champ de Gjøa, par 360m de profondeur. L'installation de l'ancre a réussi et l'ancre a passé les tests de certification nécessaire à son industrialisation et sa mise sur le marché. Aujourd'hui, Jon Lieng lui même est impliqué dans la phase de Marketing, et il pense qu'il leur sera très possible de se faire une place sur le marché de l'amarrage, de part le prix et la robustesse de sa technologie.